Charlotte Impératrice 2. L'Empire

L a princesse Charlotte de Belgique épouse l’archiduc Maximilien de Habsbourg, mais ce n’est malheureusement pas le début d’un conte de fée. L’Autrichien est un bon à rien. Sa nomination au titre d’empereur du Mexique s’avère donc inespérée. Le bougre se montre libéral, il plaide pour davantage de démocratie, une église ouverte, une presse responsable et une armée plus miséricordieuse. Bref, il s’apprête à bousculer les pouvoirs en place. Le naturel reprend cependant le dessus et il choisit plutôt de courir les jupons et de s’enivrer. Son épouse prend alors les choses en mains. Idéaliste comme son mari, elle est toutefois moins naïve. La vision qu’elle tente d’imposer dérange, en Amérique comme sur le Vieux Continent.

Dans ce deuxième tome de la tétralogie Charlotte impératrice, Fabien Nury poursuit son portrait d’une femme de caractère avec en arrière-plan une géopolitique mondiale dominée par une poignée de monarques, de financiers et d’ecclésiastiques qui tirent toutes les ficelles. Tous des hommes. Ça les énerve d’ailleurs un peu qu’une dame ose remettre leurs privilèges en question. Ils préfèrent en effet qu’elles demeurent des douces moitié silencieuses, des bonniches dociles ou des catins dévouées. Tout ce que la protagoniste n’est pas. Le scénariste décrit une personne en avance sur son temps qui a confiance en elle et en ses idées qu’elle défend avec conviction, même si elle est reléguée au rôle de potiche quand son Jules rentre à la maison.

Aux pinceaux, Mathieu Bonhomme réalise un travail remarquable. En guise d’incipit, il sert une planche magistrale, faite de gros plans d’un corps féminin en extase. Le mouvement se veut omniprésent alors que le dessin est parfois à l’envers, parfois à l’endroit, voire en diagonale. Les couleurs apparaissent quant à elles quasi psychédéliques. Cette séquence se donne du reste des airs de mise en abyme d’un récit sous le signe de la déstabilisation et du fantasme, sexuel, mais également pour un nouvel ordre. Vers la fin de l’album, une composition similaire, cette fois en bichromie, reprend sensiblement les mêmes éléments et boucle cette deuxième tranche du récit de la vie de la fille de Léopold 1er. Les illustrations sont dans l'ensemble très soignées, particulièrement les regards des acteurs qui traduisent avec beaucoup de justesse les émotions des personnages.

Au final, Charlotte impératrice est un roman sur l’absurdité. Celle d’un univers où les imbéciles peuvent hériter du pouvoir et se voir confier la destinée d’un pays qu’ils ne connaissent pas. Celle d’une époque où le point de vue d’un homme l’emportera toujours sur celui d’une femme. Celle d’une société où un groupuscule d’individus possède tout et trouve cela pleinement défendable.

Moyenne des chroniqueurs
8.0