Le tueur - Affaires d'état 1. Traitement négatif

M ême après des années et bien caché au bout du monde, personne n’est jamais à l’abri. Retrouvé par la DGSE et « embauché » derechef, le Tueur reprend du service. Sa cible ? Un notable d’une ville du nord de la France. Pourquoi ? Corruption, trafic d’influence et de substances prohibées, promesses électorales non tenues (je plaisante)... Est-ce vraiment si important ? C’est pour la nation cette fois, ha ha ha ha, la belle blague.

Six ans après Lignes de fuite, Jacamon et Matz offre une suite en forme de reboot aux aventures du Tueur. Si la manière reste la même, le cadre et le contexte ont un peu changé. Le héros n’est plus à son compte et se limite à faire son « job » consciencieusement, à défaut d’y trouver une quelconque satisfaction. Ses nouveaux employeurs lui ont bien expliqué que, de toute façon, il n’avait pas le choix. Alors, il fait ce qu’il sait faire le mieux. Avant de passer à l’action, il suit sa proie et en profite pour observer cette société absurde où tout semble être fait afin que l’individualité soit irrémédiablement broyée. Les habitudes et les réflexes conditionnés ont remplacé le libre arbitre. Ses impressions sont partagées avec le lecteur dans de longs monologues désabusés à vous glacer le sang. Les heures sont longues et les minutes poisseuses, les explications maigres et la monotonie de cette comédie n’est brisée qu’un instant, le temps d’un mouvement et d’une chute fatale. Carrée et millimétrée, la narration de Matz fait mouche et, à défaut de réchauffer les cœurs, impose un réalisme glacial nourri au cynisme le plus sombre.

Traitement négatif est aussi l’occasion d’un retour aux sources pour le dessinateur qui a remisé sa palette graphique et ressorti ses bons vieux pinceaux et papiers. Le résultat s’avère impeccable, à la fois précis et léger. Le découpage très aéré contrebalance avantageusement les nombreux pavés de textes. La gestion du temps, de l’attente plutôt, se montre remarquable, car la tension est toujours palpable. Les hommes et femmes sont sur le qui-vive en permanence, gare à celui qui baissera sa garde. L’excellent travail au niveau des couleurs – luminosité, ombres, ciels fantastiques - est également à noter.

Solide, carré et sans concession, Le Tueur - Affaires d’État réussit son retour. Ce n’est pas une bonne nouvelle pour ceux qui vont se retrouver sur son ordre de marche.

Moyenne des chroniqueurs
6.7