Penss et les plis du monde

À l'époque des chasseurs-cueilleurs, chacun a son rôle à jouer dans la survie du clan. Il faut mériter sa pitance. Et malheur à qui refuse de se plier à cette règle. Pourtant, Penss fait bande à part. Pendant que les autres traquent le gibier et récoltent des plantes, il reste là, à regarder. Il est fasciné par le monde qui l'entoure, qu'il contemple inlassablement. Son inutilité attise la colère de ses compagnons qui finissent pas l'abandonner avec sa mère. Il décide alors de se lancer dans un projet fou : créer sa forêt nourricière.

Penss et les plis du monde est le nouvel album de Jérémie Moreau. Lauréat surprise du festival d'Angoulême il y a deux ans avec La saga de Grimr, l'auteur doit composer avec les attentes évidemment élevées pour son nouvel opus. Il y reprend certaines thématiques déjà présentes dans son livre précédent. Le personnage principal reste un paria qui tente de plier le monde à sa volonté. Le rapport à l'environnement naturel demeure profondément viscéral. Mais là où Grimr fuyait une menace, Penss est un visionnaire qui risque tout pour un rêve plus grand que lui. Avec ses connaissances limitées mais porté par une volonté sans limite, il entend renverser la relation entre l'Humain et la Nature.

La grande force de cet album réside dans sa capacité à se mettre dans le contexte du Néolithique, appréhendant l'environnement à travers le savoir empirique d'un homme qui expérimente, se trompe, s'entête, tire des conclusions qui paraissent fantaisistes au vu des connaissances modernes, mais qui étaient crédibles pour l'époque.

Le style graphique de Jérémie Moreau reste peu attrayant de prime abord. Au fil de la lecture, il apparaît pourtant clairement que son dessin fait partie intégrante de son écriture et le résultat est d'une fluidité parfaite. Particulièrement à l'aise pour représenter les structures minérales (à l'instar des grottes) et organiques, il adopte un style qui glisse vers le manga, tendance Osamu Tezuka, pour ses personnages.

Derrière l'apparente simplicité se trouve un sens inné du mouvement et de l'expressivité qui, conjugué à une écriture très maîtrisée et des protagonistes bien campés, concourt à faire de Penss une belle réussite confirmant pleinement les promesses de son livre précédent.

Moyenne des chroniqueurs
7.5