Macbeth Roi d'Écosse 1. Première partie : Le livre des…

U n arbre pousse au-dessus d’une crevasse. L’intrépide pourrait probablement y grimper et se laisser tomber de l’autre côté de la faille, cela dit, une fois ce Rubicon franchi, il n’y aura plus de retour possible. C’est par cette mise en abyme (au-dessus des abîmes) que s’amorce Macbeth roi d’Écosse.

De retour de Norvège où ils ont vaillamment combattu, Macbeth, cousin du dirigeant de la nation maintenant liée au Royaume-Uni, et Banquo croisent trois sorcières. Les dames prophétisent que le premier deviendra roi et que les enfants du second occuperont le même poste. Le tandem poursuit sa route et rentre au pays où il est acclamé. Pour le récompenser, le souverain propose à son parent le titre de mormaer de Moray. Arrivé sur ses terres, il convole avec la veuve Gruoch, bientôt connue sous le nom de Lady Macbeth. Cette dernière exige qu’il fasse d’elle une reine. Et comme elle n’est pas d’un tempérament patient, elle n’hésite pas à forcer la main du destin.

Thomas Day s’approprie une célébrissime pièce de William Shakespeare. La trame apparaît fidèle au texte, le héros est torturé et son épouse fourbe. Le volet initial du diptyque, intitulé Le livre des sorcières, correspond aux deux premiers actes de l’oeuvre. L'héroïne s’y impose comme une éminence grise ; les règles lui interdisant d’accéder aux plus hautes fonctions, elle saura régner par marionnette interposée. Même si les coupes dans le texte du dramaturge se révèlent importantes, l'essentiel est là et l’ensemble cohérent ; les dialogues sont abrégés, mais le scénariste préserve le ton du théâtre élisabéthain.

Guillaume Sorel présente un dessin généralement sombre. Les intérieurs sont semblables à des clairs-obscurs ; les paysages, teintés de grisaille, rappellent pour leur part les tableaux du romantique allemand Caspar David Friedrich. Le jeu de ses acteurs se montre impeccable, l’artiste excelle particulièrement à traduire émotions et passions dans les regards. La construction des planches est variée, le dessinateur privilégie fréquemment les cases très allongées, parfois horizontales (de nombreuses scènes sont annoncées par une vignette déployée sur deux pages), mais surtout verticales, ce qui lui permet d’offrir à son lecteur de multiples points de vue en plongées et en contre-plongées, lesquels accentuent les rapports de force entre les différents personnages.

Une tragédie du XIe siècle, écrite au XVIe, qui demeure d’actualité au XXIe. Certaines histoires se distinguent par leur universalité. Elles parlent du passé pour mieux éclairer le présent.

Moyenne des chroniqueurs
6.7