La vengeance de Croc-en-Jambe

Q ui a bien pu zigouiller Franckie, le fiston de Carl Schwartz alias Croc-en-Jambe, le chef du cartel de la Fensch ? Est-ce la signature du gang des forains ou celle des Kabyles ? Il faut dire que les suspects ne manquent pas, tant le trafic de stupéfiants qui lie les trois familles a pris de l'ampleur et que les gros paquets de fric font beaucoup d'envieux. Mais ce sont Nic et Matt, deux musiciens en tournée dans la région, qui vont finir de mettre le feu aux poudres en révélant bien maladroitement l'identité des auteurs.

La vengeance de Croc-en-Jambe, c'est d'abord, comme malheureusement dans la plupart des villes aujourd'hui, l'histoire d'une lutte pour la mainmise commerciale du cannabis ainsi que des intérêts pécuniaires qui en découlent. Au centre du damier, plusieurs clans, dont un dominant le marché qui s'est implanté dans un bassin minier de la Moselle. Tel un parrain, l'insertion d'un patriarche fort en gueule et craint par son entourage était nécessaire. Chose faite et de belle manière avec le personnage de Croc-en-Jambe dépeint en fasciste ultra-violent et handicapé par l'amputation d'une de ses guibolles remplacée par un crochet monté sur des ressorts. À cela, sont ajoutés deux gentils idiots sachant gaffer ainsi qu'une pléiade de seconds rôles aussi truculents que furieux. Distributions de bastos, coups de mistoufles et tournées générales de gifles sont au programme. Mais pas seulement, puisque c'est sous l'apparence de deux jeunes tourtereaux que parviendront la petite douceur et la morale de ce fait divers narré en neuf chapitres.

Matthias Lehmann (La favorite, Agora) et Nicolas Moog (June, Qu'importe la mitraille) collaborent à la fois sur le scénario et sur des illustrations bien dans l'esprit "Fluide Glacial". Très caricatural avec une palette de couleurs restreintes et pâles, non seulement le dessin de ce one shot est très séduisant, mais il se gausse du côté dramatique de l'histoire en lui opposant farouchement l'humour. Le choc entre ces deux composants est radicalement beau, dans un univers qui rappellera imperceptiblement celui des Démons de Jésus.

De lecture à défaut de came, Schwartz et toute la clique vous en proposent de la bonne !

Moyenne des chroniqueurs
6.5