Picasso s'en va-t-en guerre Picasso s'en va-t-en guerre ou…

1953, au petit matin. Parti de Toulouse à moto, Paco se demande encore ce qui l'attend à Vallauris. Quelques jours auparavant, son éditeur lui a fait part d'une commande particulièrement mystérieuse d'un certain Mr Ruiz. Celui-ci souhaitait obtenir une bande dessinée exécutée de ses mains. Quoi et pourquoi ? Pas facile de trouver la maison La Gaulloise dans ce petit village ! Enfin, le dessinateur rencontre l'intriguant acheteur qui n'est autre que ... Picasso en personne ! Commence alors une étrange et riche collaboration pour une œuvre qui aurait pu s'intituler «une vie rêvée».

Tandis qu'une exposition sur l'influence de la guerre dans la peinture du maestro se tient actuellement au musée de l'Armée (https://www.tourmag.com/Musee-de-l-Armee-Picasso-s-en-va-t-en-guerre-a-Paris-_a97771.html) Daniel Torres, lui, propose une fiction judicieuse sur le même thème. Les conflits armés ont effectivement impacté la personnalité de cet Espagnol célèbre qui a résidé en France une grande partie de sa vie. Ayant toujours pris position du coté des résistants et des militants, il n'a, paradoxalement jamais participé activement à un combat. C'est chose faite dans cet ouvrage divisé en deux parties : d'abord le contact entre le duo principal et ensuite la restitution du travail de Paco.

Le premier chapitre décrit la cohabitation animée et haute en couleurs de la paire d'artistes. L'opposition des caractères génère une bonne dynamique qui permet une présentation (sans être une biographie cependant) du colérique Ibérique. L'humour émaille l'album et l'empathie fonctionne allègrement. Le second, quant à lui, se révèle beaucoup plus copieux et didactique. Le contexte est sensé être connu, cependant, certaines expressions, références, événements et personnages décrits auraient gagné à bénéficier d'une note de bas de page afin de clarifier la situation politique et historique en place. En parallèle à ce tableau de l'époque complexe et mouvementée se construit une réflexion sur le pouvoir de l'image et la propagande qu'elle peut servir, notamment dans les états de chaos.

Graphiquement, le style franco-belge académique concorde avec la période évoquée avec des attitudes un peu raides, des visages expressifs et un découpage classique. Un traitement en bichromie de vert-de-gris et blanc est appliqué pour le début tandis que la deuxième moitié est gérée en sépia. Le résultat possède une certaine élégance et évite la monotonie des cadrages assez sobres.

Un «documenteur» pertinent, sérieux et drôle à la fois sur une période difficile de l'Espagne qui propose également une discussion intelligente sur l'Art, ses incidences et la manipulation de la Vérité.

Moyenne des chroniqueurs
7.0