Princesse Caraboo

A vril 1817, une jeune femme étrangement vêtue est découverte en train de vagabonder dans la campagne anglaise, près de Bristol. Parlant un langage déconcertant, pratiquant des coutumes énigmatiques, suspectée d’espionnage par la populace, l’exotique inconnue est conduite chez le magistrat du comté afin de tirer au clair l’affaire. Là, elle éveille aussitôt les soupçons de Frixos, le majordome grec du maître des lieux, et l’intérêt de Mrs Worrall, l’épouse de ce dernier. Son esprit romantique est subjugué par le comportement mystérieux de son hôte, ses rituels raffinés, ses cérémonials obscurs, ses mœurs singulières. Quand un marin portugais de passage affirme enfin comprendre le dialecte de la demoiselle et révèle qu’elle n’est autre que la princesse Caraboo, enlevée par des pirates en la lointaine Javasu et finalement échouée sur les côtes britanniques, le lord et sa femme ne doutent plus de son noble statut. Et la bonne société de se presser au manoir pour rencontrer la belle orientale… jusqu’à ce que la vérité se fasse jour.

Inspirée de faits réels ayant donné lieu à des romans, des pièces, et même un film produit par Disney, cette adaptation par Antoine Ozanam puise aux diverses sources témoignant de cette histoire et comble les manques en inventant le reste. Le plus remarquable dans cette affaire n’est pas l’imposture en elle-même, mais comment l’usurpatrice a pu conserver la sympathie du public une fois découvert le pot aux roses, et même la bienveillance des Worrall. Il faut dire que le premier n’était pas mécontent de voir une fille du peuple berner ainsi la haute société, et que ceux-là n’avaient guère d’autre choix que de faire bonne figure. Mais il faut dire aussi que le charme de la princesse et ses manières lui gagnèrent bien des amitiés, et c’est là le mérite principal de cet album que de peindre avec délicatesse ce joli portrait d’une douce excentrique.

Une délicatesse et une douceur qui se retrouvent dans le traitement graphique de Julia Bax : des personnages légèrement caricaturaux, cartoonesques et bien campés, un trait un peu gras mais précis, et surtout une magnifique mise en couleurs à l’aquarelle que rehausse un travail minutieux sur les éclairages. Tant d’élégance laisse d’ailleurs un parfum de regret, celui de ne pas avoir gratté un peu plus le vernis des apparences et laissé entrevoir la grisaille sous-jacente, celle d’une époque âpre et brutale, d’une société profondément inégalitaire. C’eût été un joli contrepoint que de mettre une bonne dose d’amertume dans cette charmante comédie humaine.

Moyenne des chroniqueurs
6.0