Sukkwan Island

U n père divorcé, perdu, en prise avec de nombreux démons qui le rongent de l’intérieur, décide d’emmener son fils sur une île déserte et difficilement accessible pour y passer un an. L’occasion rêvée, semble-t-il, pour resserrer des liens et apprendre à se connaître vraiment, après tant d’opportunités manquées. Les conditions de vie spartiates vont-elles les pousser à s’épauler mutuellement ou, au contraire, mettre au jour une insurmontable incompatibilité ?

Adaptant un roman de David Vann, Ugo Bienvenu, réalisateur, livre ici sa première bande dessinée. Il est d’emblée évident que l’auteur a une grande expérience du dessin, tant le trait est maîtrisé. C’est d’ailleurs là que réside l’atout premier d’un album qui n’hésite pas à se montrer austère, à l’image d’un environnement naturel fait de violence et d’une beauté des plus froides. Les paysages arides, rendus plus sauvages encore par l’arrivée des premières grosses neiges, sont pour le moins fascinants et, par leur dénuement, imposent aux personnages de se regarder en face. La mise en scène, d’une extrême lenteur, permet aux émotions d’affleurer progressivement et à la tension de s’installer, rendant l’issue imprévisible. La relation qui unit le père et son fils est, dès le départ, particulière, faite de non-dits et de ressentiments en même temps que d’une véritable envie de se confier, de s’apprivoiser. Il est aussi beaucoup question de se voiler la face, d’attendre l’obscurité pour se livrer avant de se remettre à jouer un rôle en pleine lumière. Cette dualité fait par moments douter de tout, tant il est perceptible qu’un tel équilibre est précaire.

Intrigant, racé, dérangeant… autant d’adjectifs qui pourraient s’accoler à cet ouvrage qui possède une vraie identité. Réussite graphique et narrative, Sukkwan Island permet à un jeune artiste de se révéler.

Moyenne des chroniqueurs
7.0