Amazigh Amazigh, itinéraire d'hommes…

M ohammed, adolescent marocain rêvant d’une future vie d’artiste, tiraillé entre sa soif de reconnaissance paternelle et ses propres aspirations, entraîné par ses potes d’enfance, se retrouve bientôt à oser lui aussi l’exode, à rejoindre le flot intarissable des candidats à la clandestinité tentant par tous les moyens de gagner la forteresse Europe. Un peu malgré lui, mais ne pouvant reculer une fois le premier pas fait, après diverses tribulations aux mains des passeurs et autres profiteurs de misère dépouillant sans vergogne d’encore plus pauvres qu’eux, il finit par mettre le pied sur une plage des îles Canaries. Pour y être aussitôt pris en chasse par la Guardia Civil espagnole, arrêté, interrogé, ballotté entre centre de rétention et prison, refoulé…

Toujours épris de sensationnalisme facile, les médias nous abreuvent régulièrement des images ahurissantes de ces loqueteux escaladant par grappes les barbelés à nos frontières, ou des témoignages déchirants à chaque naufrage tragique rejetant son lot de corps sans vie, mais bien peu nous renseignent sur ce qui se passe après, sur la réalité policière et administrative à l’œuvre aux lisières du continent. Le récit de Mohammed Arejdal renvoie aux figures classiques de l’exilé, la bienveillance humaniste des uns, le zèle répressif des autres, la froideur bureaucratique de la plupart. Au regard des drames innombrables jalonnant l’histoire récente des demandeurs d’asile, les péripéties du jeune berbère sont sommes toutes assez communes, et c’est bien plutôt la marque indélébile qu’elles laisseront dans son esprit qui ressort de cette aventure.

Cedric Liano, prof de dessin dont c’est là la première BD publiée, illustre les souvenirs de son ami d’un crayon fluide et léger, jouant les dégradés de gris plutôt que l’encrage contrasté, alternant quelques larges vues contemplatives, atmosphériques, avec les cadrages dynamiques des strips narratifs. Des scènes plus contemporaines, montrant le héros désormais devenu un artiste plasticien reconnu, imprime un rythme constant à l’intrigue en servant habilement de contrepoint.

À la fois documentaire et récit initiatique, Amazigh, Itinéraire d’hommes libres est une jolie lecture enrichissante, militante sans être didactique, l’illustration humanisée d’une réalité déshumanisante.

Moyenne des chroniqueurs
6.0