Batman : Souriez (The Killing Joke) Killing Joke

I l pleut des cordes sur Gotham lorsque son plus célèbre héros se rend à l’asile d’Arkham d’un pas particulièrement déterminé. Les blagues du Joker ne le font plus rire depuis longtemps et lorsqu’il s’installe face à lui, c’est pour définitivement mettre les choses au point : « Dernièrement, j’ai pensé à toi. Et à moi. Et à ce qui va finir par nous arriver. Nous allons nous entre-tuer, pas vrai ? C’est peut-être toi qui me tueras. Ou moi qui te tuerai. Tôt ou tard. Alors, je veux essayer d’en discuter avec toi avant d’en arriver là. Juste une fois. » La conversation tourne cependant court au moment où il s’aperçoit que son vis-à-vis n'est pas son pire ennemi, mais l’un de ses sbires. Voilà qui promet une nouvelle confrontation… peut-être bien la dernière !

Ce comics qui a fêté son vingt-cinquième anniversaire l’an dernier a déjà connu de de nombreuses rééditions. Si la première version album date de 1989 chez Comics USA sous le nom Souriez !, une seconde a vu le jour chez Delcourt sous le titre Rire et mourir. Si les deux dernières éditions (celle-ci et celle proposée par Panini en 2009) reprennent la dénomination originale de la saga, elles sont surtout pourvues d’une re-colorisation de Brian Bolland himself à l’occasion des vingt ans du récit.

L’histoire, assez simple, démarre par une nouvelle évasion du Joker, qui a préparé un petit jeu psychologique machiavélique, dont le commissaire Gordon et sa fille sont les victimes principales. En seulement quarante-six pages, Alan Moore explore les origines du Joker et de sa folie, tout en tentant d'établir un parallèle avec le traumatisme ayant frappé Bruce Wayne et qui est à l’origine de Batman. Killing Joke est aussi le théâtre de la paralysie de Batgirl, qui continuera par la suite à combattre le crime sous le pseudonyme d’Oracle.

Le lecteur a, d’une part, droit à un Joker effrayant et cruel à souhait, qui cherche à prouver qu’une seule mauvaise journée peut suffire à faire perdre la raison au plus normal des hommes, et, de l’autre, à des retours en arrière qui montrent ce qu’il était avant de devenir ce clown sadique, rendant sa folie plus compréhensible, presque humaine, voire excusable. Pour couronner le tout, cette confrontation mémorable entre le Chevalier Noir et son Némésis est accompagnée de dialogues qui marquent les esprits et d’un dessin remarquable, qui s’installe immédiatement au diapason du scénario d’Alan Moore. Des expressions des personnages au découpage millimétré, en passant par le niveau de détail dans les décors, Brian Bolland démontre toute l’étendue de son talent. Si les transitions entre le passé et le présent du Joker frôlent la perfection, ces flash-backs sont mis en valeur un traitement en noir et blanc, rehaussé de quelques touches de couleur qui mettent en avant un détail de chaque case. Cette nouvelle colorisation (de John Higgins à l’origine) aussi moderne qu'esthétique par le dessinateur lui-même est d’ailleurs une véritable réussite. L’approche numérique permet en effet de souligner les éléments iconiques de l’univers de Batman. Enfin, en bonus, Bolland propose une histoire de quelques pages (Un parfait innocent) où le Dark Knight se prend une balle dans la tête…

Une blague mortelle, courte et efficace, pourvue d’un graphisme qui tue !

Moyenne des chroniqueurs
9.0