Tyler Cross 1. Tyler Cross

T yler Cross est un braqueur. Efficace. Un de ceux à qui on fait appel pour les coups les plus délicats. Ou pour ceux un peu spéciaux. C’est le cas quand le vieux caïd Di Pietro le charge de braquer son filleul, Tony Scarfo, fils du Scarfo de Chicago, qui pense pouvoir se passer de son accord pour travailler dans la région. Charge à Tyler de lui ramener les vingt kilos de mexicaine brune du deal prévu et de faire ce qu’il veut du jeune impétueux. Flanqué de la dangereuse CJ et du brutal Ike, Tyler se prépare à remplir sa mission. Pas sûr qu’elle se déroule comme prévu, et surtout sans conséquences...

Deuxième collaboration pour Nury, Brüno et Croix après Atar Gull. C’est un polar furieux que livre le trio. Véritable évocation de cette Amérique romancée d’après-guerre, réunissant francs-tireurs, mafia, petites villes perdues soumises aux gros propriétaires, femmes fatales, l’histoire satisfera les amateurs du genre. Ceux-ci prendront un malin plaisir, en plus de savourer l'œuvre, à rechercher les références qui le parsèment. Fabien Nury joue la carte de l'hommage et offre ici un récit en trois parties, chacune illustrant un sous-genre. Il n'en oublie pas pour autant de construire une intrigue globale qui se tient et qui saura capter l'attention. Seule faiblesse, éventuelle, un flashback un peu trop explicatif dans le second chapitre. Mais l’esprit y est.

Graphiquement, si Brüno s'est montré par le passé plus inspiré pour certains visages de femmes, l'ensemble est d’un très haut niveau quant à la mise en scène. Certains n'adhéreront peut-être pas à ses cases larges, muettes, arguant que l'effet est trop "story-board", trop "cinéma". C'est leur droit. Il serait cependant dommage de passer à côté du plaisir qu'offrent ces pages pour de telles raisons. Usant d’un découpage en quatre ou cinq bandes, Brüno s’en donne à cœur joie ici et montre encore une fois sa maîtrise du média pour une lisibilité et une efficacité maximales. Les deux moments forts du récit, en termes d'action, sont un modèle de découpage. Aux couleurs, Laurence Croix apporte sa pierre à l’édifice et effectue un travail remarquable sur les ambiances, conformément à son habitude.

Difficile de ne pas s’enthousiasmer devant cet album qui était très attendu tant ses auteurs s'affichent clairement parmi les meilleurs de leur génération. Ils réalisent ici quatre-vingt-dix planches d'une densité et d'un intérêt difficilement niables. Une sortie à ne pas manquer en cette rentrée !