Herakles 1. Tome 1

« Il est vachement plus gros que sur les poteries, non ? » s’étonnent deux Grecs. Le cadre est posé : Héraklès est un bourrin. Un gros bourrin. Un rentre-dedans, un fonce dans le tas. Une sorte d’Obélix qui aurait perdu sa faconde. On tape et on réfléchit ensuite. C’est que bon, c’est pas tout, ça, mais le demi-dieu doit surmonter les dix épreuves données par Eurysthée, roi de Mycènes, pour gagner l’immortalité et accéder à l’Olympe. En plus, tout à son empressement, il n’a pas été très scrupuleux du règlement et la sanction est implacable : deux d’entre elles sont invalidées. La poisse. Douze travaux au total. Remarquez, on n’est plus à cela près. Taper, courir, cogner, décimer, trancher, toute cette affaire serait rondement menée avec un peu d’huile de coude, pour ne pas dire ennuyeuse, si le mythique héros n'était hanté par le spectre de Linos, son ancien maitre de musique qu'il a occis dans sa jeunesse à coups de lyre. Fils de Calliope, muse de la poésie et de l'éloquence, Linos ne se prive pas de railler Héraklès avec verve dès que l'occasion se présente. L'artifice orchestre ainsi un truculent contraste entre ce Jiminy Cricket antique et son héros presque mutique. Être un demi-dieu serait un apostolat bien solitaire… pour peu qu’on vous foute la paix.

Pour son premier album, Edouard Cour revisite ce grand classique de la mythologie en peignant un Héraklès brut de décoffrage. Mais, peu à peu, par petites touches, il cerne un personnage à la psychologie plus complexe qu’il n’y parait, empêtré dans la culpabilité des tombereaux de morts qui jalonnent son parcours depuis l’enfance. Une sourde tristesse semble s’emparer de lui quand il croise du regard les fugaces silhouettes d'une femme et de ses trois enfants. Si ce premier tome ne donne pas le fin mot de l’histoire, on devine une énième maladresse aux conséquences funestes . « Amis ou ennemis, tous ceux qui croisent sa route finissent raides et rongés par les vers » commente Linos.

Tout en énergie, le dessin de l'auteur emporte le lecteur à la poursuite d’Héraklès dans un tourbillon graphique laissant peu de répit et réservant souvent de belles surprises. Au point de s’étonner, au terme de ces cent cinquante pages, de n’être arrivé qu’à la huitième épreuve. Ce qui laisse présager un second tome bien prometteur.

Moyenne des chroniqueurs
7.8