Secrets - Pâques avant les Rameaux 1. Pâques avant les rameaux

V oilà treize années que Suzanne est murée dans le silence le plus total, portant en elle un secret qui la ronge petit à petit. Lors d'un accident de la route, les souvenirs remontent à la surface. La femme retrouve progressivement le fil d'une histoire douloureuse qu'elle n'a jamais pu exprimer car le poids de la famille était trop fort et qu'il était indispensable de faire bonne figure pour ne pas entacher la bonne réputation du clan.

Il y a quelques décennies, "Pâques avant les rameaux" était utilisée pour parler d'une grossesse avant le mariage. Aujourd'hui désuète, cette expression était lourde de sens dans les familles concernées. A l'origine, le poids de la religion était très fort, mais c'est surtout celui des familles et l'opprobre qui pesaient sur les épaules des jeunes filles. Au sein du clan Vernet, Suzanne découvre qu'il faut à tout prix sauver les apparences, au prix d'un vie gâchée.

Ce nouvel album de la série Secrets initiée par Giroud (Décalogue, Quintett) est loin d'être le meilleur. Il possède certes un ressort dramatique plus intense que les précédents, pourtant l'impact des informations tues par des générations n'opère pas seulement à l'instant des révélations, mais il se construit graduellement au travers du processus qui amène à les découvrir. Et c'est bien là que se situe le principal reproche fait à Pâques avant les rameaux. Malgré un découpage en chapitres et un récit déroulé à la manière d'un compte à rebours,du plus récent au plus ancien, et qui conduit Suzanne à redécouvrir progressivement ses souvenirs, l'ensemble reste finalement confus. Quelques repères temporels parsèment les pages, mais s'avèrent insuffisants pour bien naviguer dans ces allers-retours entre le présent et le passé. Pour autant, l'album n'est pas léger, il est même très dense, avec parfois des dialogues surchargés. Les personnages, froids et distants, contribuent à renforcer ce désintérêt ressenti tout au long de la lecture. Les dernières pages censées susciter une émotion forte laissent de marbre et c'est dommage alors que c'était bien le but recherché.

Si Marianne Duvivier a indéniablement contribué au succès de la série en essuyant les plâtres avec le premier récit proposé, Secrets – L'écharde, grâce un style très agréable, tout en finesse, apportant la touche féminine indispensable à l'histoire, sa prestation sur Pâques avant les rameaux ne charme pas dans l'ensemble et aussi à cause d'un détail. L'élément le plus apparent, mais également le plus gênant est la manière dont elle a affublé ses personnages de nez proéminents qui se révèlent disgracieux. Ce n'est certes qu'un détail, mais qui, comme l'expression consacrée, est très visible et peu avenant. Ce choix relève sans doute d'une volonté de différencier son graphisme de la première, mais le résultat est loin d'être satisfaisant, ce qui est vraiment regrettable.

Pâques avant les rameaux est surprenant parce qu'il fait s'interroger à propos de son degré de maturation, comme s'il avait été terminé à la hâte, tant au niveau du scénario que du dessin. Le choix retenu de publier ce "double album" en un seul volume conduit-il à penser que cet album est le dernier d'une série qui s'achève précipitamment ? Ce serait dommage car, dans l'ensemble, Secrets est une idée intéressante et correctement menée. Cet album risque fort de laisser une impression mitigée.

Moyenne des chroniqueurs
4.0