Frankenwood

L os Angeles, 1963. Dans la nuit noire, un homme enchainé à des rails sent la mort s'approcher à grande roues. Avec des phares à la place des yeux et une carcasse métallique filant à toute vitesse, elle ne laissera à George Reeves aucune chance. Qui s'inquiètera de sa disparition ? Une superbe blonde toute en jambes et yeux ravageurs, copie conforme de Marylin Monroe. Qui va tenter de trouver les criminels ? Sam Marlowe, détective privé. Mais, est ce bien ce qu'il est ? Car enfin, pourquoi un certain S.J. l'appelle en lui intimant de se ramener fissa sur le plateau ? Humphrey Bogart or not Humphrey Bogart…

Darko Macan propose une plongée savoureuse en plein délire, comme le précise le sous-titre : une comédie noire en parodirama. En plus de cet aspect parodique, l'album rend hommage à l'âge d'or du cinéma Hollywoodien et à ses vedettes. Il élargit la simple enquête à un concept perché mais au combien jouissif : grâce à un procédé secret, les célébrités sont régulièrement ramenées à la vie afin de continuer leur carrière. Le revers de la médaille est une perte de mémoire comme effet secondaire à chaque résurrection et la confusion entre le réel et les rôles tenus. Le scénario à rebondissements inclue également Alfred Hitchcok, lui aussi à l'honneur ici. Au delà du plaisir procuré par la narration aux excellents dialogues décalés et à l'humour caustique, il y a le questionnement sur les notions d'éternité, de fragilité de la notoriété et d'exploitation de l'image des stars après leur mort. Ce sous-texte plus complexe dévoile le côté sombre des uns et la douleur muette résignée des autres.

Igor Kordey remporte le challenge de donner corps à cette galerie de stars absolument iconiques, il livre une partition parfaite avec son style reconnaissable qui lorgne de plus en plus vers celui de Richard Corben,au niveau de l'encrage et de la caricature (sans être aussi poussé néanmoins). La colorisation de son collègue Anubis magnifie l'ensemble, en donnant du relief et un éclairage incroyablement efficaces. Le lecteur pourra croiser sur les planches notamment Clark Gable, Jack Nicholson, Laurel et Hardy, les frères Kennedy ou encore Lauren Bacal. La mise en pages est calibrée pour engendrer une lecture cinématographique - off course -

Le duo d'auteurs bien rodé de Marshall Bass ( le héro apparait avec sa famille au détour d'une rue) régale à nouveau avec ce one-shot original, un pastiche de polar empli de cynisme qui fait réfléchir très pertinemment sur l’envers du décor de ces mythes artificiels préfabriqués.

Moyenne des chroniqueurs
8.0