Son of a gun !
K
entucky T. McBride, moitié chasseur de primes, moitié braqueur de banques, a la gâchette facile et le sourire rare. Il croise une consœur, la jolie Dolorès Cordora de Sandoval, toujours accompagnée de Tortilla, son immense molosse. Le tandem s’entend pour mettre la main au collet de Cleveland Kirtley, un employé de bureau qui a dérobé et caché le trésor du président du Mexique. Cependant, seule Biquette, sa chèvre au flair redoutable, pourra le retrouver dans les souterrains où le million de dollars est dissimulé.
Philippe Pelaez signe un western classique avec bons et méchants, poursuites à cheval, duels, fusillades, bagarres, trahisons, saloon et serveuses aux décolletés profonds. Le genre ayant déjà été abondamment parodié et pastiché (tant au cinéma que dans la bande dessinée), il ne réinvente rien, mais il le fait très bien.
Le scénariste a le sens du rythme. Les rebondissements et retournements de situation pullulent. Les protagonistes apparaissant tous plus ou moins fourbes, l’enjeu n’est pas tant de savoir s’ils trouveront le butin, mais plutôt qui, du bandit, de la belle ou du nain, doublera ses comparses pour filer avec le magot. Cela dit, le chien belliqueux et la chèvre maligne arrivent souvent à leur voler la vedette.
Le récit oscille entre humour déjanté et humour noir (qu’apprécieront les amateurs de l’œuvre de Quantin Tarantino), avec des notes de mauvais goût et quelques pieds de nez à la rectitude politique, lorsque l’auteur ironise sur la transphobie ou présente des Japonais stéréotypés. Que dire de plus, sinon que le ton potache de Son of a gun ! est parfaitement assumé.
Aux pinceaux, Sébastien Corbet vise juste. Celui qui est surtout connu pour son dessin historique, démontre qu’il a plus d’une cartouche dans son six-coups. C’est sans aucune difficulté qu’il adopte un style caricatural en symbiose avec ce scénario aux accents burlesques. Avec une abondance de gros plans et de personnages menaçants captés en contre-plongées, ses illustrations évoquent les clichés d’un genre hypercodifié, pour mieux les détourner et ainsi provoquer le sourire du lecteur. Le trait charbonneux rappelle du reste celui de Jérôme Jouvray dans Lincoln, une autre réussite de western parodique.
Une chevauchée jubilatoire et politiquement incorrecte.
7.0


