Rhino 1. Pervitine

D euxième Guerre mondiale, deux frères, Ludwig et Reinhold, pilotent des avions allemands. Leur père, brutal et intransigeant, admire l'aîné et rabroue le second. Se nourrissant d’amphétamines, le cadet multiplie les missions sur le front de l’est. Ses exploits lui valent un Victory stick, de quoi gagner la reconnaissance paternelle.

Après Dent d’ours, Black squaw et Buck Danny, Yann écrit… un autre récit d’aviation. Pour apprécier cet album, il vaut mieux s’intéresser aux descriptions techniques et aux longues séquences aériennes présentant des Panzerschreck, Junkers JU-88, Sturmovik et autres LA-5. Il va de soi que le scénariste adore son sujet et qu’il est très bien documenté.

C’est toutefois tout le reste, largement sous-exploité, qui demeure le plus intéressant. La relation toxique avec le père, puis celle avec une mère se vautrant dans l’opium et les orgies. Et que dire du frère récemment marié à une Juive. Cette dynamique familiale trouble est malheureusement reléguée au second plan.

Julien Camp propose un dessin hyperréaliste, appliqué et plutôt froid. Tout y est, mais le bédéphile cherche en vain l’émotion. Le découpage se veut à l’avenant, propre et bien fait, avec ça et là des aéronefs sortant du cadre et des vignettes gentiment secouées pour mettre en valeur les scènes d’action. Petite astuce graphique : les segments à la maison apparaissent en noir et blanc, alors que dans l’ensemble, même les moments éprouvants s’affichent en couleur. Un peu comme si la mort régnait davantage au manoir familial que sur le champ de bataille.

Un projet susceptible de plaire aux aérophiles purs et durs ; les autres devraient relire Dent d’ours.

Moyenne des chroniqueurs
5.0