Presidio

T exas, années soixante-dix. Troy Falconer a choisi de vivre à la marge : pas de domicile fixe, pas de travail, pas de responsabilité. Pour manger, il se sert dans des portefeuilles facile d'accès et il «emprunte» des voitures laissées sans surveillance par leurs propriétaires dans les parkings de diners. Ce n’est pas très moral, il fait cependant attention de laisser les véhicules en bon état quand il est forcé d’en prendre un autre afin de semer les forces de l’ordre. Là, suite à un message de son frère, il revient dans sa ville natale. Ce dernier s’est fait sucrer ses économies par sa femme. Après six ans d’absence, ce retour au bercail ne lui dit rien qui vaille. Pas grave, une fois le frérot retrouvé et quelques échanges musclés à propos de leurs modes de vie respectifs, ils se mettent sur la piste de l'argent et de la désormais ex. De longues heures de conduite les attendent. Sans oublier que sur la route personne n’est jamais à l’abri de surprises…

Adaptation du roman du même titre de Randy Kennedy, Presidio est un thriller psychologique organisé en road movie très traditionnel. Personnages très bien caractérisés, un joli mélange entre cynisme, humour et constats humains définitifs, Simon Treins retranscrit parfaitement l’esprit du texte original, le sens de l’espace en moins. En effet, les soixante-dix pages s’avèrent un peu étroites caser «caser» les nombreux sujets abordés par Kennedy. Résultat, là où l’horizon inatteignable, le bruit des roues sur le goudron et la somnolence provoquée par le défilement des kilomètres auraient apporté recul et consistance aux différents échanges et rebondissements, le lecteur a droit à un empilement de scènes de dialogues. Cela est indispensable pour faire avancer l’intrigue, mais se fait au prix du ressenti.

Aux pinceaux, Thibaud Villanova essaye de contourner la situation grâce à un découpage habile. Incrustation de cases, angles de vue serrés, il insuffle du volume et un semblant de rythme à la narration. Par contre, un peu de «vide» et autres instants purement contemplatifs auraient été les bienvenus pour faire ressortir ou partager l’ambiance de cet univers clos et infini à la fois. Ici, elle est plutôt imposée que suggérée. Pour le reste, le trait se montre solide et les couleurs de Bertrand Denoulet accompagnent très bien les planches.

Efficace, très cinématographique et respectueux des canons du genre, Presidio est un bon album à qui il manque juste un peu de personnalité et d’originalité pour passer du stade de série B carrée à celui de classique enlevant. Un dernier conseil : avant d’écraser le champignon, toujours vérifier ce qu’il y a sur la banquette arrière !

Moyenne des chroniqueurs
6.0