Llibertat - Jusqu'au dernier

Y en a pas un sur cent et pourtant ils existent, comme chantait Léo Ferré en 1969. Llibertat est une fiction qui raconte l’histoire vraie d’un des derniers combattant de la liberté contre le franquisme, en retraçant la vie d’El Quico et celle de ses compagnons de combat de 1923 à 1963. Il traverse, toujours les armes à la main, la montée du fascisme des années 20 et 30, la guerre civile espagnole, l’arrivée de Franco au pouvoir, jusqu’à la mort du dictateur en 1975. Un petit dossier à la fin rappelle les faits et présente quelques documents historiques.

Il est difficile de rentrer dans le récit tellement il y a de personnages et de situations durant les premières années. Toute la période 1923 à 1945 est traitée en seulement cinquante planches, soit un quart du livre. Les évènements s’enchaînent trop vite pour accrocher le lecteur. Par la suite, à l’inverse, la narration s’étire à l’excès. Les évènements sont répétitifs, la vie d'un résistant est un peu redondante : action armée, fuite dans les Pyrénées, moment calme en France, prison, puis rebelote.

Toutefois, une fois les enjeux clairement définis, la seconde moitié de l'album est passionnante. Les scènes d’action sont dignes des meilleurs films hollywoodiens ; le lecteur tremble pour les personnages survivants après en avoir vu mourir beaucoup dans la première partie. Le scénariste Hervé Kerros livre une version très juste sur ce qu'a été la lutte antifasciste sous Franco, le prix payé par les militants et leurs proches, les petites victoires, les échecs et souvent l'amer constat de son inefficacité (surtout avec une France, pourtant tout juste libérée du nazisme, qui collabore avec le régime franquiste pour extrader les résistants, puis l’entrée à l’ONU de l’Espagne).

Graphiquement, c'est très réussi. Les auteurs parviennent à rendre palpable les ambiances. Yannick Orveillon au dessin et Robin Millet à la couleur sont aussi à l’aise dans une montagne enneigée que sur une scène de bombardement aérien ou qu’un braquage nocturne en centre ville. Le récit est également rythmé par une iconisation des personnages, pour leur donner l'aura de grands héros de la résistance, via quelques pleines pages marquantes de leurs actions et surtout de leur mort.

Un premier album utile en ces temps troublés : sans livrer de manuel ni de plan précis, il propose une réflexion sur les manières d’agir face à la montée du fascisme dans de nombreux pays, à charge pour chaque lecteur·ice d’en évaluer l’utilité et la légitimité.

Moyenne des chroniqueurs
6.0