Deathbringer
V
oici la quête d’une inquisitrice qui cache ses origines de païenne derrière une culpabilité dévastatrice. En acceptant les viles tâches d’une église toxique, elle espère expier une faute qu’elle n’a pas commise. Cependant, l'ordre ancestral de sorcières dont elle est issue se révèle instrumentalisé par le culte et progressivement effacé de l'Histoire dans le but d'être désigné comme bouc émissaire de toutes les vilénies. En parallèle, Gerod Uth Kalandar, guerrier marqué malgré lui par un lourd héritage, traverse les mondes pour briser le destin qui lui a été imposé. Au milieu, un capitaine de l'Inquisition cherche un remède à sa malédiction qui le ronge lentement.
Pour sa première bande dessinée, Ismaël Legrand gère à la fois le fond et la forme. Et force est de constater que cette dernière impressionne. Le noir et blanc extrêmement tranché et contrasté renforce l'aspect brutal de cette aventure qui plonge dans un monde médiéval peuplé de ténèbres et perclus d’obscurantisme. Le style ultra réaliste campe des silhouettes à la présence indéniable et aux expressions très bien rendues. Les textures et les détails généreux impriment une rudesse qui sied parfaitement au ton. Attention cependant, certaines scènes crues, gores et violentes font que cet ouvrage est résolument pour adulte (possession, torture, viol…)
Ce one-shot se place aisément dans le registre de la dark fantasy gothique. Le récit est foncièrement classique, quoiqu'un un peu brumeux et bavard, exaltant une dramaturgie inutilement alambiquée au détriment de l'action qui s'invite avec parcimonie. Néanmoins les bases sont solides et l’investissement de l'auteur se ressent, démontrant ainsi la naissance d’un artiste en devenir, déjà maitre de ses moyens. Reste à améliorer la fluidité de sa narration, peut-être trop emphatique et lourde.
La lutte du Bien contre le Mal semble éternelle ; ici, elle se voit offrir une nouvelle illustration qui, si elle ne brille pas par l'originalité et la clarté de son scénario, mérite amplement de s'y pencher pour ses planches fascinantes imageant l'affrontement entre l'ombre et la lumière.
Le lecteur notera que Delcourt a sorti le grand jeu pour cette édition : superbe couverture mate, dos toilé, grand format, titre incrusté et doré et papier épais.
6.0


