Le tombeau de la comète
D
ans Le Tombeau de la comète, les protagonistes évoluent dans un univers où subsistent les vestiges d’un événement ancien, dont l’ombre continue de peser sur le présent. La comète disparue devient un point de fixation, un repère, autour duquel se cristallisent doutes, frayeurs et espoirs de celles et ceux qui tentent tant bien que mal de poursuivre leur existence. Le phénomène céleste agit sur chaque vivant, instaurant un sentiment d’insécurité, de vide et d’inéluctabilité, qui transforme durablement la perception de leur environnement. Au fil du récit, chacun tente de composer avec ce nouveau mode de vie, oscillant entre curiosité, obsession et résignation. Ces êtres semblent empêchés dans leur avancée par le poids de leur héritage, de leurs pertes et de leurs craintes.
Écrit et dessiné à quatre mains par Élodie Portela Vidal et Quentin Rigaud, l’album adopte une narration fragmentée, faite de silences, d’ellipses et de moments suspendus. Tandis que leur réalité est en pleine évolution, ces aventuriers, désireux de retrouver leurs anciennes vies, semblent cheminer à contre courant de la faune et de la flore qu’ils subissent littéralement. Ils paraissent entravés par une force invisible, incapables de se détacher de leur passé encore très présent. Cette impression est renforcée par le graphisme, où les deux styles se complètent avec justesse. Les deux auteurs privilégient les respirations et les contemplations, donnant une place importante aux plans élargis et aux regards souvent figés ou perdus, qui traduisent l’isolement et la sensation de désarroi. Le découpage des planches accompagne cette suspension, accentuant les instants muets et laissant le temps au lecteur de s’immerger dans l’univers proposé, qui peut surprendre au premier abord. Ici, le trait sert avant tout le propos, traduisant sans mal l’état d’errance des personnages.
À l’instar d’une fable écologique contemporaine, avec Le Tombeau de la comète, Élodie Portela Vidal et Quentin Rigaud proposent une réflexion sensible sur l’évolution, la mémoire et la difficulté de se projeter lorsque les repères vacillent. Il en ressort une œuvre mélancolique et maîtrisée, qui décrit avec finesse la façon dont les individus habitent un écosystème fragilisé, contraints de composer avec un danger omniprésent, qui pèse sur les paysages, les corps et les esprits. Une menace qui est devenue un état permanent du monde.
7.0


