Périmée
L
e ciel est lourd et l’ambiance morose. La France s’apprête à entamer son premier confinement, condamnant cette femme, qui marche sur la plage d’Honfleur, à une solitude forcée. Pourtant, ce n’est pas le décompte macabre des décès qui la tracasse. Elle doit affronter un autre drame, plus intime. Passée la quarantaine, elle avait entrepris un parcours de PMA. Après plusieurs années de démarches et de procédures, le verdict vient de tomber : aucun embryon viable n’a pu être conservé. Le constat est brutal. Elle se sent périmée.
Cet isolement imposé lui offre malgré tout l’occasion de faire le point. Elle peut réfléchir au sens de sa démarche et à l’injonction à la maternité. Cette parenthèse peu confortable lui permet surtout d’entamer le deuil de son désir de devenir mère, puis de s’interroger sur la technique du double don — le recours à un donneur de sperme et à une donneuse d’ovocytes. L’enfant qui naîtrait d’une telle procédure serait‑il vraiment le sien ? De fait, il ou elle ne partagerait pas son patrimoine génétique. C’est alors que le livre bifurque vers un aspect plus pédagogique, en introduisant l’épigénétique : l’influence de l’environnement sur l’expression des gènes.
Dans cette bande dessinée fortement teintée d’autobiographie, Cécile Ganter dresse le portrait touchant d’une héroïne en plein doute. Elle aborde un sujet rarement traité et le fait avec une profonde humanité. Elle met des mots sur une souffrance souvent ignorée ou méprisée. Elle se garde également de tout jugement moral, pour mieux exposer une réalité méconnue. Elle trouve en Joël Alessandra un collaborateur idéal : il insuffle à Juliette une grande fragilité et une véritable épaisseur, capturant toute la subtilité de ses émotions. Périmée a le mérite de mettre en lumière un sujet de société éminemment tabou, et de le faire avec beaucoup de sensibilité.
6.0


