Invisible - Mémoires d'Aymond de Terre-Noire 1. Tome 1/2
1756, les monarchies européennes recomposent leurs alliances et préparent ce qui sera la guerre de Sept Ans. Dans l’ombre, les agents du Secret du Roi sillonnent l’Europe pour leur souverain. Aymond de Terre-Noire est de ceux-ci et il importe qu’il demeure indiscernable aux yeux du commun de mortels…
De Persée à Sue Storm, le mythe du héros (ou de l'héroïne !) invisible hante depuis toujours les arcanes de la littérature et du 9e art. Cependant, ce qui, au début, ressemble à une bénédiction devient rapidement une malédiction, au fur et à mesure que cette transparence vous soustrait aux regards des autres puis vous efface de leur mémoire ! Mais il existe bien d'autres formes d'invisibilisation, à commencer par la considération de vos pairs. De tout cela, il est question dans ce diptyque scénarisé par Stephen Desberg. Sur un fond historique qui convoque pêle-mêle le chevalier d'Éon, le fantôme du comte de Saint-Germain ou une kyrielle de serviteurs aussi zélés que dépourvus de sentiments, Aymond de Terre-Noire porte son secret comme une croix, alors qu'il pourrait faire de lui le roi de l'ombre. Sur cette étrange ambiguïté, l'expérimenté scénariste belge explore les arrière-cours de l'Histoire, et s'il le fait avec brio, il ne peut cependant pas s'extraire, malgré une volonté évidente de sortir des sentiers battus, de certaines ornières du genre.
Toutefois, la partie graphique vient faire oublier ces quelques facilités par une partition qui donne à ce premier volet toute sa singularité. Sur une mise en forme classique mais qui sait cependant se ménager des belles pages de respiration, Henri Reculé privilégie les personnages, en réduisant les décors à des silhouettes ou des ombres chinoises, et en travaillant l’expressivité des physionomies. Il est joliment épaulé en cela par les aplats de Céline Labriet, qui confère à toutes ses planches de superbes éclairages rehaussant la dramaturgie d'un récit oscillant entre les ors de la Cour et le plomb des champs de bataille.
S'il est fait exception d'un masque qui fait davantage référence à Alexandre Dumas qu'à H. G. Wells, Invisible - Les Mémoires d'Aymond de Terre-Noire est de ces ouvrages travaillés auxquels il manque peu pour vraiment enflammer les imaginations.
6.0


