Donjon Zénith 11. Les Méandres du pouvoir
H
erbert est désormais aux commandes du fief familial. Par contre, diriger le duché de Canard-Ville n’est pas une mince affaire. Il a l’idée de confier à nouveau à son père la charge des affaires courantes, particulièrement en vue des négociations avec les puissantes neuf familles de la région. Que craindre à laisser se débrouiller des clans qui ont fait de la traîtrise et du complot un mode de vie. Qu’est-ce qui pourrait mal se passer ? À propos de machination, Isis et Elyacin ont le malheur de ne pas entrer dans le plan «prestige» de la duchesse (la mère d’Herbert donc) et il se trouve qu’elle est aussi une maîtresse empoisonneuse. Résultat, ce retour au bercail n’est pas spécialement marqué par l’harmonie. Est-ce suffisant pour tout laisser tomber et reprendre sur la route ?
Continuer à (un peu) surprendre, éviter de (trop) se pasticher et, si possible, ajouter assez de nouveauté afin que le lecteur de longue date en ait pour son argent. Ainsi pourrait se résumer le sacerdoce volontaire qu’est devenu Donjon. Les méandres du pouvoir démontre que Lewis Trondheim et Joann Sfar en ont encore sous le coude. Évidemment, les enjeux sont maintenant tout autres puisque la situation de Terra Amata est stabilisée. À la place de la grande aventure, la gestion du quotidien a pris le dessus. Heureusement, ce changement d’échelle n’empêche en rien la castagne, la rigolade et les emportements divers. Louvoyant habilement entre ce qui s’est déjà passé et ce qui se passera, les scénaristes ont tissé un récit à plusieurs étages et truffé de rebondissements. De plus, ils annoncent une sorte de reboot au fil des pages et terminent le tout sur un cliffhanger des plus réjouissants.
Aux pinceaux, Boulet a répondu présent et offre de très belles planches très denses, ainsi que de nombreuses grandes cases pas moins admirables. Pour les remplir, il n’a pas eu de difficulté du fait de la distribution pléthorique imaginée par ses compères. Nobles de fin de race, damoiselles un peu trop certaines de leurs charmes, le gang habituel (gros coup de cœur pour Elyacin), le créateur de Raghnarok avait de quoi alimenter son inspiration. Cerise sur le gâteau, il n’hésite pas à en ajouter une couche ou deux. Comme il s’agit d’un univers anthropomorphique et de créatures fantastiques, ce n’est pas très grave, aucune sensibilité ne risque d’être froissée par un trait forcé ou une caricature trop appuyée.
Après une partie introductive qui peine à se mettre en place, Les méandres du pouvoir trouve son rythme et finit même en beauté avec une succession de scènes remplies de gags bien idiots comme il faut et de moments plus sérieux, voire graves. En résumé, ce tome onze de Donjon Zénith est un bon cru. Suite au prochain numéro !
7.0


