Rainmaker

U SA, fin du XIXe siècle, début du XXe. L’ère des pionniers et des cowboys est terminée depuis quelques années sur la Côte Est et dans les grandes villes. Ailleurs, l’information percole tranquillement. Né au Kansas en 1875 au sein d’un foyer modeste, Charles Mallory Hatfield est de ceux qui ont vécu cette transition socio-économique et qui ont tenté d’en profiter. Tout jeune, il se passionne déjà pour la météorologie et se forme sur le tas : d’où vient la pluie, comment apparaît-elle et pourrait-on la provoquer en cas de besoin ? Devant gagner sa vie, il devient représentant de commerce, tout en continuant ses recherches et ses expériences. Celles-ci se concrétisent avec l’invention d’un composé chimique qui, une fois répandu dans l’atmosphère, fait pleuvoir. Certain de son effet, il propose ses services aux fermiers du Sud de la Californie, État où il vit désormais. Et ça marche ! Son procédé, un peu mystérieux, remplit les réservoirs et sauve de nombreuses récoltes. La science et le progrès domptent enfin les forces de la nature ! Sa réputation grandit. Précautionneux, il ne demande pas beaucoup d’argent, mais reste très jaloux de sa création (il ne révélera jamais la formule de son produit miracle). Cependant, si l’absence d’eau est embêtante, quand ça déborde, c’est souvent catastrophique. C’est exactement ce qui est arrivé à San Diego en 1916. Hatfield avait été appelé à la rescousse et des inondations subséquentes à son action se sont révélées dramatiques. Après une âpre bataille juridique, son aura de «rainmaker» se ternit, avant de disparaître lors de la crise 1929. Il mourra dans l’anonymat en 1958, emportant ses secrets dans sa tombe.

La destinée improbable de Hatfield a attiré l’attention de Rodolphe et Griffo. Après l’adaptation littéraire dans La main du diable, le duo s’essaye au biopic avec Rainmaker - La vie étonnante de Charles Hatfield. Charlatan utilisant habilement les données météorologiques à son profit ? Autodidacte ou Savant Cosinus persuadé de son génie et qui a eu de la chance ? Précurseur de la géo-ingénierie ?

Très classique sur le fond et la forme, l’album suit fidèlement les faits avérés et ne tire jamais la narration vers un sens ou un autre. Le bilan hydrique d’Hatfield est indéniable : pour la grande majorité des cas, la pluie est tombée après qu’il eut déployé ses fusées. D’un autre côté, il a été démontré qu’il planifiait méticuleusement ses opérations en fonction de nombreux paramètres physiques et géographiques (humidité, température, vitesse du vent, topographie, etc.), un peu comme les prévisionnistes actuels. Dans quelles mesure sa poudre «magique» jouait-elle un vrai rôle ? Impossible de le savoir. Comme dit précédemment, le scénariste évite intelligemment de prendre parti et laisse le soin au lecteur de se faire sa propre idée.

Personnage atypique intéressant à la jonction des époques, très agréable réalisation graphique, impeccables couleurs lumineuses, l’ensemble forme un tout parfaitement cohérent. Rainmaker - La vie étonnante de Charles Hatfield s’avère être une lecture très terre-à-terre, sachant néanmoins lever les yeux vers le ciel, peut-être pas jusqu’aux nuages, mais pas loin.

Moyenne des chroniqueurs
6.0