Civilisations 3. Rome

R ome, 281 ou 1034 Ab Urbe condita (depuis la fondation de la cité). Probus vient de battre les Goths, l’Empire vit des heures de gloire et les richesses affluent sur les rives du Tibre. Par contre, chez les enfants de Seth, la société secrète qui veille sur les civilisations depuis des millénaires, l’humeur n’est pas à la fête. En effet, les étoiles sont formelles, le destin de la ville est scellé : dans cent vingt-neuf ans, Rome tombera et entraînera l’Empire dans sa chute. Afin de sauver leurs traditions et faire mentir cette funeste prédiction, ce cénacle mystérieux tente le tout pour le tout : trouver un nouveau meneur charismatique, suffisamment puissant et faire en sorte qu’il monte sur le trône. Tant pis si cela signifie l’abandon des anciennes croyances et l’adoption de cette nouvelle religion christique. Les enjeux sont trop grands et, de toute façon, ce n’est pas la première fois que des dieux font les frais des changements sociaux.

France Richemond clôture en puissance la trilogie Civilisations avec un ultime tome mêlant reconstitution historique détaillée et un côté mythologique, voire mystique nettement plus appuyé que dans Crète et Égypte. À chacun d’apprécier ce (gros) zeste de fantastique. Il était sans doute nécessaire pour lier des récits étalés sur une si grande période. À noter également, même si ces manigances imaginaires en coulisses peuvent rappeler les fantasmes franco-maçonniques ou, actuellement, le complotisme, celles-ci n’entachent en rien la véracité des évènements relatés ni celle des personnages.

Qui dit fin de règne, dit luttes pour le pouvoir, assassinats et autres jeux d’alliance à géométries variables. Tétrarchie, révolution de palais, Césars et autres généraux se trucident et se chevauchent, alors que les Barbares sont aux frontières. Il en résulte une narration truffée de noms, de dates et d’informations qu’il faut impérativement prendre le temps de digérer pour bien appréhender cette époque si troublée. Les amateurs de machinations et de coups politiques à trois ou quatre bandes seront ravis et réaliseront qu’en la matière, les dirigeants d’aujourd’hui sont vraiment des petits joueurs.

Visuellement, attention les mirettes, c’est du lourd. Dessins ultra-léchés, profusion de détails jusque dans les arrière-plans et une mise en couleurs somptueuses, ce troisième volume est à la hauteur des tomes précédents. Federico Ferniani et Axel Gonzalbo offrent une impressionnante plongée dans le passé remplie de ressenti, renforcée par des émotions exacerbées et le poids des enjeux. Cette tension continuelle est soutenue par une distribution pléthorique et parfaitement caractérisée. Oui, ça surjoue par moments, il faut bien l’avouer. Même de papier, certains acteurs ne peuvent s’empêcher de faire les stars et les divas. Blague à part, ces planches au rendu impeccable s’avèrent d’une densité incroyable, tout en restant lisibles.

Hors-norme et impeccablement édité, Civilisations est un projet un peu fou mêlant érudition de haut vol et romanesque. Il démontre une fois de plus que la réalité est plus forte que la fiction, même si cette dernière est parfois indispensable pour donner un peu de liant ou de contexte à des mythes et des évènements anciens. Bravo.

Moyenne des chroniqueurs
7.0