Marceline

D es sautes d’humeur, des poils aux jambes et sous les bras, mais la poitrine plate : Marceline, 13 ans, découvre les signes de la puberté en même temps que son nouveau collège. Quitte à subir une métamorphose, autant que cela soit en chat… Car l’adolescente n’a d’yeux que pour ses amis félins et la géniale Zira, superhéroïne de dessin animé et confidente sur papier. Aussi, entre allure et passions ringardes, elle peine à s’intégrer dans sa classe. Elle aurait pourtant bien besoin de trouver un.e ami.e, maintenant que Tatiana et elle ne sont plus dans le même établissement. Mais par où commencer et ne pas constamment gaffer ?

Ah ! Le temps de l’âge ingrat et son cortège de changements physiques et mûrissement. Pour qui se coule dans le moule, voit les rondeurs enfantines s’effacer au profit d’une plastique plus affinée, musclée ou affirmée, joue le jeu de la jeune fille ou du jeune homme presque fait, en s’intéressant à la mode, au maquillage, aux amours et émois, aux séries en vogue, tout roule (ou peu s’en faut). Mais pour les profils comme celui de Marceline qui trainent la patte et conservent des goûts de « petits », l’affaire se corse. À eux les moqueries et mesquineries des camarades sous la houlette de la plus populaire du bahut (« pony tail » classe, mascara crampé aux cils et crop-top dévoilant le bas d’un ventre parfait) et bonjour le travail pour se faire accepter.

S’inspirant de son propre vécu, Claude Combacau livre, dans sa première bande dessinée, diverses tranches de vie d’une ado lambda un peu gauche et encore « bébé » sur les bords à travers les aventures et mésaventures de son héroïne. Le récit prend une forme hybride, un peu à la façon des Carnets de Cerise. En effet, des pages du journal intime de la teenager s’intercalent au milieu de l’histoire qui lorgne sur la succession de sketchs en une ou plusieurs planches. Le rythme est celui de l’année scolaire ; toutefois, les références saisonnières demeurent très secondaires (une case indique que c'est Noël ; une autre que l’été est arrivé). L’évolution se trouve davantage dans l’insertion progressive de la protagoniste et ce qu’elle comprend au fil de ses rencontres, accrochages et bourdes. La scénariste aborde les sujets de préoccupation de la tranche d’âge visée, avec plus ou moins de réussite : questions sur la puberté et les modifications du corps, regard des autres, harcèlement éventuel, gêne dans certains situations (à la piscine, par exemple), mais aussi genre, appartenance à un groupe, identité propre. Il est toutefois dommage que rien ne soit vraiment approfondi et que le propos reste à la surface des sujets. L’esprit optimiste de Marceline, sa caution féline rigolote, son pote Jean-Baptiste qui se moque des apparences, ainsi que d’autres personnages secondaires un peu clichés (les parents, la peste du collège) contribuent à l’émergence du sourire. Le dessin de Lorenza di Sapio, dans un style semi-caricatural et dynamique, accompagne agréablement l’ensemble.

Malgré quelques bémols, Marceline. Colère, galères et poils de chat dresse un portrait gentiment humoristique d'une ado pas si mal dans sa peau (de pseudo-félin) dont la mue très progressive pourra trouver un écho chez certain.es jeunes lecteur.ices.

Moyenne des chroniqueurs
5.0