Wild West (Gloris/Lamontagne) 5. Rédemption
L
e sort des héros de Wild West semble s’être cristallisé : Wild Bill Hickock porte l’étoile du shérif et s’ennuie dans son mariage, Charlie Utter livre le courrier et Calamity Jane dessaoule rarement. Leur train-train quotidien sera toutefois perturbé par l’arrivée de la famille Ballou à Dolores City, particulièrement celle de la jolie Catherine. La tension se montre palpable entre cette dernière et le pasteur Jérémie Henderson.
Ce tome, entamant le troisième diptyque de la série, tourne à vide pendant le premier tiers (rendez-vous chez le dentiste, invitation mondaine, partie de cartes, etc.). Avec ses états d’âme et ses déboires conjugaux, le représentant de l’ordre gagne toutefois en densité. À l’opposé, la poivrote serait absente que cela ne changerait rien. Pour tout dire, elle joue un rôle de figurante omniprésente. Cependant, une fois le récit engagé, il n'y a plus de temps morts.
Dans cet épisode, tous cachent un passé trouble. C’est la magie de l’Ouest américain où chacun peut se réinventer une vie, jusqu’à ce que ses fantômes ressurgissent. En cela, le titre, Rédemption, se montre excellent, peut-être aurait-il été préférable de l'accorder au pluriel.
Le fil narratif apparaît ténu. Cela dit, le scénariste a du métier et il sait entretenir le suspense, notamment avec une conclusion annonçant un finale explosive. Tout porte à croire que le Smith et Wesson se fera entendre dans ce bourg où l’autorité est partagée entre le shérif et l’homme d’Église.
Jacques Lamontagne se montre au sommet son art. Le surdoué traduit magnifiquement l’âpreté des lieux et des gens, la souffrance, la poussière et la crasse. Le soin qu’il apporte à ses couleurs y est pour beaucoup ; ses clairs-obscurs sont du reste particulièrement réussis. L’artiste fait visiblement beaucoup de recherches avant de dégainer ses pinceaux. Quand il dessine un train, un saloon ou un colt, le lecteur y croit.
Une lecture agréable. Peut-être Thierry Gloris pourrait-il resserrer la narration, quitte à congédier des personnages inutiles. À moins qu’il garde justement l’ivrogne dans l’angle mort de l’afficionado pour mieux le surprendre. Un peu comme un joueur qui garde une reine de pique cachée dans sa manche.
7.0
