Le souffle du diable

F rance, 10 juin 1783. Madeleine tient d’une main de fer l’auberge dont elle a héritée. Les temps sont durs, les clients rares et la liste de tâches sans fin. De plus, elle doit s’occuper de son demi-frère Benjamin, un métis que son père – un explorateur naturaliste – lui a confié avant de mourir. En résumé, l’atmosphère n’est pas au beau fixe. Et c’est sans compter que la situation n’est guère meilleure à travers le royaume : les températures sont en baisse à cause d’un soleil constamment voilé par des brumes de plus en plus épaisses. Les récoltes seraient même menacées. Évidemment, les nombreuses processions et appels aux différents saints du calendrier restent sans suite. Une femme seule, un rejeton basané arrivé d’on ne sait quelle région sauvage… Il se pourrait que la populace y voient des coupables tout désignés afin d’expliquer la malédiction qui est tombée sur le pays.

Fiction historique basée sur un incident réel (cf. le dossier en fin d’ouvrage), Le souffle du diable offre un aperçu ultra-focalisé des conséquences d’un évènement d’ampleur planétaire. Sur le papier, l’idée est intéressante. Plongés dans l’ignorance, les personnages se retrouvent confrontés à un changement total de leurs conditions de vie. Comment réagir quand tout va de mal en pis ? Entre peurs ancestrales, légendes et religion, les réactions des différents protagonistes balayent tout le spectre de la panique. Malheureusement, Ken Broeders n’arrive pas à exploiter cette avalanche de sentiments contrastés. Les caractères sont à peine ébauchés et restent au niveau de la caricature. Quant au développement narratif, les rebondissements s’avèrent forcés (l’intrusion du soldat, par exemple) et la conclusion d’une trivialité confondante. Pas assez de place ? Peur d’approfondir le côté psychologique ? Toujours est-il qu’un sentiment mitigé ressort de la lecture.

Un trait agréable et précis qui rappelle Lax par certains côtés et une mise en couleurs assez magistrale (les jeux de lumière, les différents «états» du brouillard) permettent néanmoins de donner une excellente tenue à l’album. L’ambiance délétère est bien là et les acteurs jouent à fond leur partition. Le plumage est au point, mais n’arrive pas à estomper un ramage guère enthousiasmant sur la longueur.

Des propos simplistes et un manque de mise en contexte plombent passablement Le souffle du diable. La très belle réalisation graphique est à remarquer, sans vraiment sauver le projet cependant. Dommage.

Moyenne des chroniqueurs
4.0