Squad

D ébarquer en cours d’année dans une nouvelle école n’est jamais une chose facile. Un peu timide et angoissée, Becca sait qu’elle doit être prudente et prendre le temps afin de jauger les «forces en présence». Cependant et contre toute attente, elle est rapidement abordée et adoptée par le «Squad», le groupe de filles le plus populaire du lycée. Surprise et pas très sûre de cet accueil, elle décide de saisir sa chance et d’accepter de se joindre à cette équipe de BFF distinguées. Sa mère lui a d’ailleurs rappelé l’importance de se faire un bon réseau d’amis pour son futur. Ce que Becca ne sait pas encore, c’est qu’un étrange pacte unit les membres de ce club très sélect…

Rite de passage, acceptation/pression sociale et les garçons, Squad ressemble à n’importe quelle série télé ado américaine. Ajoutez-y une touche fantastique façon Twilight et, époque oblige, un vague fond thématique à propos des violences sexuelles et du consentement et vous obtenez un thriller potentiellement explosif. Malheureusement, Maggie Tokuda-Hall et Lisa Sterle se sont contentées d’exploiter frontalement ces poncifs de la plus simpliste des manières. Personnages monolithiques, situations improbables et traitement minimaliste des enjeux font de l’ouvrage une lecture totalement dénuée d’intérêt. En résumé : sororité, vengeance et meurtre rituel sont les solutions mises de l’avant par les autrices, sans oublier la dangereuse suggestion de se faire justice soi-même. Le manque de nuance et de recul face aux évènements s’avère flagrant et devient insupportable sur la longueur. D’autant plus que la narration demeure solidement campée au premier degré et est dénuée de toute forme d’humour.

Visuellement, le résultat n’est guère plus brillant. Les protagonistes ne sont que des silhouettes d’une même poupée que la dessinatrice habille et coiffe différemment afin de pouvoir les discerner. Les décors sont quasi-inexistants et souvent oubliés au profit des actrices. Seul le découpage apporte un peu de punch et de vitalité à ce récit un peu trop confortablement installé dans un jus convenu et sans saveur.

Dénoncer les abus, même de manière brutale et outrancière, oui, pourquoi pas. Oser la fable méchante ou violente, pas de problème. Encore faut-il proposer un minimum de contexte et éviter les caricatures superficielles. Sous ses faux-airs d’histoire féministe et progressiste, Squad ne fait que prolonger les stéréotypes et le masculinisme, sans jamais les confronter.

Moyenne des chroniqueurs
1.5