Paracuellos Paracuellos 3
«La Démocratie bénie qui m’a permis de raconter librement ces histoires de Paracuellos»
Carlos Giménez
En 1981, le premier tome des Paracuellos gagne l’Alfred du meilleur album. En 2010, l’intégrale de la série se voit récompensée du Prix du Patrimoine. Après un second volume omnibus en 2020, Carlos Giménez clôture maintenant la touchante évocation de son enfance dans un orphelinat durant les pires années de la dictature franquiste avec un ultime album. Préparez les mouchoirs et faite provision d‘indignation, Pablito, Adolfo, Gàlvez & Cie n’ont pas encore fini de vous faire rager et pleurer.
Retour à la fin des années 70, Giménez débute dans le métier et il a de la peine à placer ses petites histoires auto-biographiques. L’Espagne reconstruit sa démocratie et les éditeurs veulent du rigolo, pas des anecdotes traumatisantes revenant sur un passé trop récent. L’étrange hasard du monde de l’édition fait que ces pages arrivent sur le bureau de Gotlib. Celui-ci tombe sous le charme de ces historiettes mettant en scène des pauvres gamins broyés par un système sans pitié. Immédiatement, le grand Marcel les met au sommaire de Fluide Glacial : le succès s’avère instantané. Sa carrière lancée, le bédéaste devient un auteur référence qui n’aura de cesse de décrypter l’âme ibérique jusqu’en dans ses recoins les plus intimes.
Et non, malgré plus quatre cent cinquante planches, l’auteur a eu le sentiment qu’il avait encore des choses à dire. Raconter, témoigner, ne rien laisser filer et, inlassablement, rendre hommage à ces enfants dont il fût. Rappeler également aux lecteurs d’aujourd’hui ce qu’extrémisme, bigoterie, pauvreté et exclusion signifient pour de vrai. Cet indispensable devoir de mémoire se double évidemment du plaisir de se replonger dans sa propre enfance. Même sombre, remplie de brimades et de privations, c’est là que l’artiste s’est construit : le dessin, la BD, les copains et les rares moments de joie ou de bonheur.
Constamment entre larmes et sourires, Paracuellos emporte le lecteur dans un continuel tourbillon d’émotions. Contrat rempli Carlos, personne n’oubliera.
8.0
