La nuit des lanternes
L
a nuit des lanternes, c’est LA fête qui rassemble tous les habitants de l’île. Vieille tradition remontant au paganisme pré-chrétien, il n’y a pas besoin de vraiment y croire, mais ça fait partie de ces choses qui réunissent les gens. Pour Éloane, c’est surtout un mauvais souvenir. En effet, il y a quelques années, son père est décédé ce jour-là lors de l'incendie qui a ravagé le phare dont il était le gardien. Malgré son chagrin, elle a décidé de revenir passer deux-trois jours là où elle a grandi. Pour voir son petit frère adoré et, peut-être, se rabibocher avec sa mère, qui sait ? Sur place, les préparatifs battent leur plein et, petit à petit, la communauté se met au diapason de cette soirée festive et sacrée.
Pour un premier album, Jean-Étienne a vu grand et propose un ambitieux thriller psychologique flirtant avec le fantastique. Une intrigue faite de tensions familiales et de forces surnaturelles venues de la nuit des temps, le tout se déroule dans un microcosme isolé à quelques encablures de la société. Le canevas de La nuit des lanternes rappellera certainement des souvenirs aux lecteurs de L’Homme gribouillé de Serge Lehman et Frederik Peeters. Il y a pire comme influence, surtout que le jeune auteur arrive très bien à s’en démarquer et offre un récit parfaitement construit, rempli de rebondissements et d’énergie (au premier sens du mot).
Une des forces de l’ouvrage tient dans le soin apporté à sa conception visuelle. Vaguement bretonnant ou celtique (région, costumes, etc.), l’environnement sonne particulièrement juste. Le style graphique joue également, évidemment, pour l’ambiance générale de la narration. Le trait au rendu très moderne, lorgnant presque sur l’animation ou les mangas par moments, s’avère bien posé et limpide à suivre. Celui-ci est magnifié par une mise en couleurs percutante. Le rouge des flammes, le bleu de la nuit et énormément de noir entre les deux, à l’image des sentiments des protagonistes, toute l’île baigne dans des tons primaires, bruts où chaque réaction se fait à vif et dans l’urgence.
Même si tous les ressorts et développements du scénario ne se révèlent finalement pas très originaux ou véritablement surprenants, ils arrivent néanmoins à leur terme de manière satisfaisante. Logique interne respectée et réel souci pour fermer toutes les portes, Jean-Etienne réalise un excellent galop d’essai. En résumé : du mystère, des doutes, de l’émotion et énormément de scènes d’action menées à cent à l’heure, La nuit des lanternes vous prend à la gorge et ne vous lâche plus jusqu’à la dernière page. Félicitations.
6.0
