La main du Diable
U
n bon romancier ne dit jamais non à une anecdote originale. Celle que Charles Dawson partage avec Robert Louis Stevenson sur le pont d’un navire quelque part sur le Pacifique mériterait à elle seule un roman entier. Elle finira sous la forme d’une nouvelle. Passée cette introduction en guise de mise en abîme, la table est posée pour une étrange histoire de relique diabolique, de souhaits exaucés et, évidemment, de malédiction dans les petits caractères du contrat…
Les vétérans Rodolphe et Griffo reprennent à leur compte Le Diable dans la bouteille (paru en 1891) et proposent une très belle adaptation BD de ce conte aux racines anciennes. La peau de chagrin (Balzac), La damnation de Faust (Goethe),Spiritus familiaris (légende allemande colligée par les frères Grimm), voire le génie des Milles et Une Nuit, l’idée de passer un accord avec une entité magique ou maléfique en échange de la richesse et du bonheur est un fantasme qui a traversé les âges et les sociétés depuis toujours.
Le concept est simple : une fois achetée, le possesseur de la main du diable voit tous ses désirs réalisés. Attention, s’il meurt en étant le propriétaire de l’artefact, il finira en Enfer. Pour éviter ce sort peu enviable, il peut revendre l’objet à tout instant, mais seulement à un prix inférieur à celui qu’il a originellement payé. Combien faut-il offrir ? Combien de temps le garder avant de s’en séparer ? Et, plus largement, le prix et le risque en valent-ils la chandelle ?
Lecture fluide, admirable reconstitution graphique habillée de couleurs lumineuses, l’album se dévore facilement et avec un grand plaisir. Le tour de force est d’autant plus remarquable en prenant compte du côté anxiogène sous-jacent. À ce propos, les affres psychologiques et le stress que traversent les personnages se montrent parfaitement «joués» et mis en scène . En résumé : une agréable BD classique au service d’un classique intemporel, La main du diable ne déçoit pas.
6.0
