Le crétin qui a gagné la guerre froide
A
ncien acteur de série B s’étant recyclé avec succès dans la politique, Ronald Reagan débuta sa carrière au poste de gouverneur de Californie en 1966, avant de devenir le quarantième président des USA au début des années quatre-vingt. Personnage à l’aura sympathique, il est connu pour une approche iconoclaste (pour être poli) de sa fonction. Durant ses deux mandats à la Maison Blanche, il aura imposé des réformes économiques ultra-libérales et fait preuve de fermeté face à l’URSS, l’ennemi de toujours. Ses rencontres au sommet avec Mikhaïl Gorbatchev avaient marqué les esprits et pavé la fin de l’Empire soviétique à la fin de la décennie.
Entre caricature et constat dramatique, Jean-Yves Le Naour et Cédrick le Bihan proposent un résumé express de l’action de Ronnie à la tête des États-Unis. Comme annoncé dès la couverture, l’album se focalise sur l’incompétence et l’ignorance crasse de leur héros. En résumé, le scénario est uniquement guidé par ce trait de caractère et se limite à faire défiler une sélection de moments marquants de ses huit années au pouvoir. Malheureusement, pour ce qui est d’une analyse ou d’une mise en contexte, la lecture se pose là et, sur la longueur, devient pratiquement gênante. Comment un chef d’État décrit comme un idiot et affligé d’un déclin cognitif déjà prégnant en fin de mandat a-t-il pu présenter un tel bilan ? Aucun embryon d’explication n’est avancé ou suggéré. Rien non plus sur le rôle de président en lui-même. En effet, si un crétin s’en est si bien sorti, à quoi sert-il à la fin ?
Évidemment, les auteurs ne pouvaient pas laisser passer l’occasion, la comparaison avec Donald Trump était inévitable. Celle-ci apparaît à la toute fin de l’ouvrage et, à l’image du reste de l’album, demeure au niveau de la vague supposition dénuée de toute réflexion ou forme d’approfondissement. Dommage ou tant mieux. Ces deux personnalités, les époques et leurs réalités sont si différentes que leur juxtaposition n’aurait certainement pas eu beaucoup de sens.
Purement factuel et sans relief, Le crétin qui a gagné la Guerre froide évite le naufrage total grâce aux dessins et aux couleurs de Cédrick le Bihan. Bien croqués et parfaitement dans leur «jus», les protagonistes et les décors sonnent juste, c’est déjà ça.
5.0
