Le roi ensommeillé Le Roi ensommeillé

P artout la neige s’est imposée. Recouvrant le monde d’un épais manteau blanc, elle s’est insinuée jusque dans le cœur des gens. Voilà des années que toutes et tous sont profondément endormis, comme pétrifiés par le froid. Toutes sauf Ena qui ne craint ni le froid, ni la neige. Entre les rares et courts moments où elle réveille sa grand-mère grâce à de précieux champignons, la petite fille vit complètement seule. Ses journées sont toutefois bien remplies, rythmées par ses excursions et ses longues lectures. C’est, justement, grâce aux livres qu’Ena a acquis une conviction : une fleur existe qui pourrait l’aider à se débarrasser de la neige et à rétablir les saisons.

Paru au sein de la première salve du tout récent éditeur Oxymore en octobre 2023, Le Roi ensommeillé s’ouvre sur l’évocation d’une vieille légende, accompagnée d’illustrations envoutantes en noir et blanc. Il y a fort longtemps, un roi vivant dans la forêt aurait lancé une malédiction sur le monde lorsque sa dernière fille fut tuée par les Hommes. Une fois ce postulat posé, c’est un conte principalement destiné au jeune public qui s’amorce. Assez classique, sans véritable surprise mais plaisant à lire, le scénario de Myriam Dahman s’appuie sur la douceur du style graphique de Clément Lefèvre dont le lecteur peut sentir les influences diverses. Parfois rude, l’histoire est néanmoins empreinte d’espoir et de bienveillance. Cette ambivalence se retrouve, d’ailleurs, parfaitement dans l’omniprésence de couleurs froides pendant une grande partie du livre, qui créent des atmosphères duveteuses. Mettant en scène la quête d’une héroïne bien campée et courageuse, le récit souffre, toutefois, d’une gestion du rythme relativement imparfaite. Plus encore, le séquencement global peut créer quelques frustrations. Car après une longue mise en place, les évènements s’accélèrent au point de se précipiter. Le dernier tiers de l’album, qui aurait sans doute mérité de plus amples développements, est ainsi trop rapidement expédié.

Malgré quelques défauts, Le Roi ensommeillé devrait offrir un agréable moment aux jeunes lecteurs.

Moyenne des chroniqueurs
5.0