Marsupilami L'animal de Humboldt

A lexander von Humboldt, fameux naturaliste et explorateur prussien, et son serviteur Bonpland, à l’orée du 19è siècle, fouillent la Palombie, à la recherche de tout ce que n’a pas encore croisé leur regard. Après une chute vertigineuse, ils se retrouvent en présence d’un drôle de serpent, à fourrure jaune et noire, particulièrement costaud et rapide. Le « truc », comme ils le nomment, leur sauve deux fois la vie, face à un couple de léopards d’abord, puis au cœur d’un incendie. Ils s’aperçoivent bien vite que ce long appendice est attaché à une sorte de singe, ce qui ne manque pas de les décevoir. Qu’à cela ne tienne, la drôle de chose se faisant assommer par un arbre tombé, elle est récupérée : direction Berlin.

Au début des années trente, la capitale allemande est en proie à des inquiétudes, à une nouvelle misère et à des propositions de solutions qui ne sentent pas vraiment bon. Afin d’aider sa voisine, madame Löwenstein, Otto, taxidermiste employé au musée d’histoire naturelle, va emmener la petite Mimi à son travail. Là, au milieu des fauves, perroquets et autres grizzlis, tous figés par l’artisan, la fillette fait tomber malencontreusement une caisse, de laquelle émerge un être étrange, doté d’une immense queue. Il semble se réveiller d’un long sommeil. Il disparaît en un clin d’œil, pour réapparaître le soir-même à la fenêtre de la jeune héroïne. Une grande complicité nait entre les deux individus et un besoin émerge rapidement : retrouver les petits de la créature, qui n’a pas encore de nom.

On ne présente plus le Marsupilami, qui se mit dans les pattes de Spirou et Fantasio en 1952 dans Spirou et les héritiers. Son charme et son potentiel, aussi bien narratif qu’humoristique, lui vaudront sa propre série à partir de 1987, totalisant à ce jour trente-quatre albums. L’Animal de Humboldt est le cinquième hors-série, écrit et dessiné par Flix, artiste allemand polyvalent, aux moult récompenses, auteur de Spirou à Berlin (2019). Ce one-shot allie la fantaisie du protagoniste créé par Franquin, la témérité d’une enfant de sept ans et un regard sans concession sur le régime autoritaire qui envahit l’Allemagne. Cet aspect est traité avec beaucoup de subtilité et d’à-propos. C’est à travers Göricke, le concierge acariâtre qui brandit sans cesse le règlement intérieur ou les rumeurs circulant sur madame Löwenstein, mère célibataire, condition forcément déshonorante, qu’il diffuse l’esprit nauséabond qui se répand comme la peste.

Mais l’album est aussi l’histoire d’une très belle amitié, d’une formidable escapade berlinoise, illustrées avec précision et poésie à la fois. Le choix de petites cases impulse un rythme enivrant. Plusieurs fois le dessinateur s’autorise des ruptures graphiques, qui allège et dynamise la lecture. Le trait est résolument moderne et rend honneur à l’école et au maître qui expulsa de ses crayons ce personnage atypique. Album véritablement destiné aux jeunes de sept à soixante-dix-sept ans, L’Animal de Humboldt entremêle aventure, humour et réflexion (sur la condition animale par exemple) dans un écrin de tendresse et d’émotion.

Moyenne des chroniqueurs
7.0