Hypericon

B erlin 1998, le mur est tombé depuis une dizaine d’années, mais la ville demeure le laboratoire de tous les possibles. Dans ce qui fut jadis la frontière entre l’Est et l’Ouest, Teresa poursuit la linéarité d’un destin parfaitement maitrisé. Mais ce serait oublier le hasard, celui qui permet les plus grandes découvertes comme les plus belles rencontres.

Hypericon est une œuvre en trompe l’œil. S’il n’était question d’elle, ce serait de lui ! Lui ce pourrait être Ruben… ou Toutânkhamon, à moins qu’il ne s’agisse de Manuele Fior lui-même! Né en 1975, il aurait très bien puis avoir 23 ans à Berlin où il exerça en tant qu’architecte et illustrateur…. Au-delà d’une romance contemporaine, délicatement, autant que délicieusement écrite et dessinée avec la simplicité et la profondeur des plus grands, il faut peut-être rechercher autre chose ?

La relativité des jours qui défilent, quand ce ne sont pas les siècles, constitue le fil conducteur d’Hypéricon au sein duquel le passé se conjugue au présent. Le temps est omniprésent ! Celui que maitrise la jeune archéologue dans la rectitude d’un parcours universitaire sans faille, celui que dilapide Ruben dans les circonvolutions d’une vie de bohème, celui qui s’efface inexorablement… au fur et à mesure qu’il passe, celui qui subsiste par les traces qu’il laisse sur les hommes ou les artefacts archéologiques qui le jalonnent. Pour ce faire, par le truchement subtil d’une exposition et d’un livre « somnifère », l’auteur de Celestia met sa fiction en abyme en l’inscrivant dans trois récits, trois époques qui, par une mystérieuse alchimie, finissent par constituer une seule et même histoire. De la chaleur du désert égyptien aux frimas berlinois, Manuele Fior joue, aussi, avec les couleurs, les atmosphères et, surtout, les formes ! En Grand Architecte, il déambule dans une urbanité en révolution qui se cherche comme ceux et celles qui l’habitent et pour qui un relais de télévision fait officie de phare pour les âmes perdues.

À travers l’histoire d’une génération qui voit ses illusions naître sur les ruines de la guerre froide puis disparaitre précipitamment dans les décombres du World Trade Center, Hypericon est une belle et riche métaphore sur le temps échu et ses odeurs de madeleines.

Moyenne des chroniqueurs
7.0