Immonde !

P etite ville de Province comme il en existe beaucoup, Morterre survit grâce à sa mine de «tomium», un minerai radioactif très rare. "Aucun risque pour la population" assure son exploitant, l’AGEMMA. La compagnie applique à la lettre les mesures de sécurité exigées par la loi. C’est là que le père de Nour a trouvé un boulot et a déménagé sa famille ; finis la ville et le minuscule appartement, maintenant, c’est la campagne et une vraie maison avec chacun sa chambre ! Très rapidement, sa fille fait la connaissance de Camille et Jonas, deux jeunes de son âge. Les grands espaces, c’est bien, mais au rayon divertissements et loisirs, il n’y a pas grand-chose. Alors, pour s’amuser, ils imaginent des petits canulars vidéos, colportent des légendes urbaines sur internet et puis, une zone interdite, c’est tentant…

Une lointaine réminiscence avec Black Hole de Charles Burns, pas mal de nostalgie façon Stranger Things et un flair certain pour les préoccupations sociétales actuelles (diversité, inclusion et environnement), Immonde ! rassemble tous les éléments obligés du thriller fantastico-catastrophe adolescent d'aujourd'hui. D’ailleurs, pour un peu, l’action se passerait aux USA que ça n’étonnerait personne tant Élizabeth Holleville use et abuse des codes réservés habituellement aux blockbusters et autres séries télé d’inspiration «spielbergienne». Passé outre ces airs de déjà-vu, il faut avouer que la mayonnaise prend. Les personnages sont très bien campés avec, pour chacun, sa petite histoire personnelle (que de traumatismes ! par contre). Les mystères, s’ils restent légers et passablement entendus, s’avèrent somme toute réalistes et cohérents. Quand au rythme, une fois passé les premières pages introductives, il ne retombe jamais avant un final à la hauteur des enjeux (chut, laissons la surprise au lecteur). En résumé, un joli tour de force scénaristique de plus de deux cents planches au découpage dense.

La situation est à peu près similaire au niveau des illustrations. Un vague bourg, des lotissements modernes et des zones commerciales génériques répondent à la forêt sombre et à l’immense usine. Le style semi-réaliste de la dessinatrice est efficace, même si elle se montre plus à son aise quand il s’agit d’animer les êtres humains. Au-delà de l’intrigue centrale, c’est vraiment là que se concentre l’attention et l’intérêt du récit. L’autrice aime ses héros, ça se sent. L’intégration très naturelle de leurs vécus personnels à la trame générale est à relever.

Album agréable à lire, un scénario classique, une vraie ouverture aux problèmes sociaux contemporains, Immonde ! (titre un peu malheureux au demeurant) remplit toutes les coches. Un peu trop systématiquement, puisqu’il finit par ressembler énormément à une multitude d’autres productions disponibes sur le marché.

Moyenne des chroniqueurs
5.0