D.A.C. - La Déconstruction de l’Analyse Constructive

L es grands hommes se reconnaissent à la profondeur de leur pensée et à leur générosité. Prenez David Snug, en dépit d’un agenda surchargé (management de son RSA, multiples sessions de brainstorming à Pôle emploi, une carrière musicale exigeante et les attentes graphiques de ses fans lors d’innombrables séances de dédicace), il trouve quand même le temps de partager réflexions et conseils. Plus admirable encore, la pandémie arrivée, il a immédiatement offert à son ami Emmanuel M. (restons discret, ce dernier occupe une position de choix dans l’appareil d’État) toute son expertise de dictateur amateur d’extrême gauche afin de le guider dans la gestion sanitaire. David, la France et la planète s’inclinent et te disent humblement merci.

Un parfum libertaire, voire situationniste, plane sur D.A.C. (Déconstruction de l’Analyse Constructive). L’auteur de Dépôt de bilan de compétences continue sur sa lancée et égraine les affres de sa vie et les tares de la société avec force humour et mauvais esprit. Entre exaspérations diverses et un soupçon de désespoir concret (être constamment dans la dèche, c’est fatiguant à la longue), ce feuilleton est d’abord digne des pages d’Hara Kiri. La COVID arrivant, l’album se transforme en un journal de « confinage » pas moins drôle. Il faut dire que coincé à la maison ou pas, ça ne change pas grand-chose ; seul ou isolé, l’artiste l’était déjà du fait de sa fonction sociale. Le ton reste donc le même, le scénariste est juste forcé de se calquer sur les actions nécessaires à la lutte contre ce satané virus.

Absurdités du quotidien nourries par un sens de l’observation bien affûté, plus toute une ribambelle de références réjouissantes, le résultat fait souvent mouche, sans jamais véritablement aller au fond des choses, malheureusement. Snug grattouille plus qu’il égratigne, pas par respect, car il est vénère pour de bon. Non, simplement, malgré la colère, il reste un gentil dans l’âme et n’arrive pas être vraiment méchant. Cela n’enlève rien à son propos et le rend certainement plus audible et percutant.

BD underground dans les règles de l’art (N&B, gros trait, du caca, des zizis et ce qu’il faut d’impertinence), D.A.C est une lecture réjouissante et implacable qui fait du bien par où elle passe. Les plus taquins avanceront même qu’il s’agit exactement du type de bouquin que l’Élysée ou Matignon devraient prendre le temps d’ouvrir pour mieux comprendre ce qu’endure le monde d’en-bas (et se payer une bonne tranche de rigolade).

Moyenne des chroniqueurs
6.0