Tunnels (Modan) Tunnels

L 'Arche d'Alliance, depuis le premier Indiana Jones, tout le monde connaît l’importance de ce mythique artefact. Celle-ci est évidemment encore plus grande quand on est Juif et archéologue ! C’est le cas pour Nilli, la fille du célèbre professeur Israël Broshi, le grand découvreur des trésors cachés du passé. Il se dit même qu’il existerait, perdu dans les collections de l’université, une tablette antique portant des indications localisant le célèbre trésor. Ces informations déchiffrées, il ne suffirait plus qu'à creuser des tunnels sous le mur qui sépare les Territoires occupés et la Terre Sainte afin de trouver la précieuse relique. Qu’est-ce qui pourrait mal tourner ?

Rutu Modan a choisi la plus belle des manières pour aborder le conflit israélo-palestinien : le burlesque et l’auto-dérision. De plus, son scénario de course à l’échalote évite les discours géopolitiques inutiles pour se concentrer sur les gens et leurs travers, ce qui est déjà amplement suffisant. Rancœurs familiales mal digérées alors que la maladie frappe le patriarche, bataille d’égo pour une éphémère gloire illusoire, clins d’œil répétés aux absurdités des croyances qui servent de fondation à la société israélienne, sans oublier un petit message féministe en passant, l’autrice tire à vue avec énormément d’audace et d’intelligence. En effet, qui eut crû qu’il était possible de citer Daesh et faire rire en même temps ?

Graphiquement, la ligne claire quasi-naïve, voire hésitante par moments, de la dessinatrice surprend quelque peu. Heureusement, très rapidement, elle se montre tout à fait adaptée à cette succession de scènes digne des meilleures comédies du répertoire. Et quelle distribution ! Nilli la courageuse mère célibataire, le trafiquant d’art Abouloff (et sa truculente femme), l’inénarrable Shmouel Gedanken et son équipe de bras-cassés ultra-orthodoxes, quelques Palestiniens aussi ridicules qu’inquiétants et même une vache au destin funeste, tous s’illustrent de la meilleure des façons. Au-delà des religions et de la politique, se sont eux les vraies stars de cette invraisemblable fable aussi humaine qu’humaniste.

À la limite du théâtre de boulevard, rythmé, truffé de dialogues hilarants, de situations improbables et de personnages hauts en couleurs, Tunnels est une lecture jouissive et entraînante en diable.

Moyenne des chroniqueurs
6.5