Le jardin de Rose

F rançoise cherche du travail depuis un bon moment. Elle tente d’apprivoiser les logiciels, mais elle n’y arrive pas. Pour tout dire, elle n’y croit plus. Avec son mari, c’est le calme plat et ennuyant. Et fiston ne vient pas souvent lui rendre visite. Lorsque sa voisine, Rose, lui demande de s’occuper pendant quelques semaines de sa parcelle de potager communautaire, elle est d’abord réticente, puis elle finit par y prendre goût, à sympathiser avec les autres jardiniers et à se réinventer une vie.

Il est difficile de ne pas s’attacher à cette dame imaginée par Hervé Duphot ; en décalage avec son époque, elle s’anime en reproduisant des gestes intemporels, ceux qui font pousser les tomates et les fines herbes. Une femme écrasée qui s’affirme soudainement, le propos n’apparaît pas vraiment nouveau (le lecteur pensera, par exemple, à Lulu femme nue d’Étienne Davodeau ou à Je vais rester de Lewis Trondheim et Hubert Chevillard), mais il se révèle plaisant. Le rythme est lent, un peu comme le quotidien des amis des plantes.

L’artiste privilégie un trait naïf, son héroïne n’a d’ailleurs pratiquement pas de visage tellement elle est éteinte. Graphiquement, c’est surtout le contraste des décors qui retient l’attention : la cité monochrome, ordonnée et parcourue de lignes interminables ne fait pas le poids face à une nature désordonnée, colorée et vivante qui tranche avec le pastel ambiant.

Une touchante réflexion sur le temps qui passe et la solitude. Un album au terme duquel le lecteur se dit qu’il devrait téléphoner plus souvent à sa mère.

Moyenne des chroniqueurs
6.0