Les mystères de Hobtown L'Affaire des hommes disparus

M ilieu des années 1990, il se passe des événements bizarres à Hobtown, un village de la Nouvelle-Écosse, dans l’est du Canada. Cinq hommes, tous quinquagénaires, sont disparus. Dana Nance, qui anime les activités d’un groupe de détectives amateurs dans son école secondaire, entreprend de résoudre le mystère. Ses parents et les policiers le lui interdisent, mais la jeune femme et ses camarades sont entêtés. Ils découvrent que l’énigme trouve sa source dans l’histoire même de la petite ville, laquelle n’est pas aussi paisible qu’il n’y paraît.

Pour ses débuts en bande dessinée, Kris Bertin présente un scénario à mi-chemin entre Twin Peaks et le Club des cinq. Alors que les enquêteurs se tournent les pouces, des gamins prennent les choses en main et mettent en lumière ce qui a échappé aux forces de l’ordre, lesquelles sont du reste menottées par les pressions politiques. Tout cela n’est pas bien nouveau, mais est-il encore possible de renouveler le polar ? Cela dit, le récit demeure agréable. L’album faisant plus de trois cents pages, le scénariste dispose de tout l’espace dont il a besoin pour établir les faits, distiller les indices, faire évoluer les personnages et proposer une conclusion satisfaisante.

Le lecteur se demande par ailleurs pourquoi le traducteur Alexandre Fontaine Rousseau invite à l’occasion, mais pas toujours, ses acteurs à s’exprimer « à la québécoise », un mode d’expression qui ne correspond à aucune réalité anglo-canadienne. Il apparaît également étrange que sur les commerces et les camions de livraison certains textes soient traduits et d’autres pas, parfois dans une même vignette.

Au dessin, Alexander Forbes opte pour un noir et blanc qui rend efficacement l’atmosphère glauque régnant dans le hameau. Ses illustrations, souvent faites de hachures, ressemblent à des gravures plutôt plaisantes qui favorisent de beaux jeux d’ombres, particulièrement en ce qui concerne les décors. Avec leurs visages très lisses, les interprètes n’ont pas autant de caractère et la performance des comédiens tend parfois à être mécanique.

Avec L’affaire des hommes disparus, Kris Bertin et Alexander Forbes entament de façon convaincante leur carrière dans le neuvième art en signant un roman à énigme aux accents macabre et fantastique.

Moyenne des chroniqueurs
5.5