Bolchoi Arena 2. La Somnambule

M arjorie, qui a fait une entrée fracassante dans le Bolchoï, en paie aujourd'hui le prix. Alors qu'elle reste bloquée dans ce monde virtuel, ses proches ne peuvent que constater son état empirer malgré les soins. Tandis que les Fennecs, activistes à l'actualité débordante, attaquent les installations de Bogi, la mystérieuse entreprise qui emploie la surdouée, elle s'enfonce un peu plus dans son coma inquiétant, au passage tout son entourage.

Un premier conseil aux actuels et futurs aficionados de Bolchoï Arena : relire Cælum incognito, le premier volume sorti à la rentrée 2018. Non pas que cette suite soit hermétique et sa lecture ardue mais les auteurs ont construit un tel univers et imaginé une grammaire, autant graphique que scripturale, si riche que réviser les bases amplifiera le plaisir. Car du plaisir, La Somnambule en procure. Retrouver Marjom et ses amis, bien sûr, mais toutes les possibilités du Bolchoï, son espace infini, ses explorations, ses combats, ses coups vaches, ses luttes de pouvoir et autres manigances pour devenir l'entreprise à la pointe ou le pilote le plus respecté. Au-delà du royaume pour geek, Boulet tisse une intrigue retorse avec Koshika dans le rôle du trouble-fête insupportable et instable. L'héroïne, dont l'état la contraint à prendre ses distances avec la simulation, n'est pas le seul axe de la trame. Tout le contexte et les imbrications de l'arène, son expansion ou qui se cache vraiment derrière ses acteurs posent question au lecteur qui progresse en gardant toujours en tête un doute sur ce qui est réel ou pas.

Surtout que l'immersion est renforcée par les décors généreux, détaillés et réalistes d'Aseyn. Ses vaisseaux et autres stations sur fond de vide intersidéral donnent le tournis et chaque élément semble posséder une vraie texture, un relief tangible. Grâce à une mise en scène étudiée, les combats font plus vrais que nature et donnent à ces séquences une belle intensité. Mais l'album n'est pas - seulement - tourné vers le grand spectacle. Les révélations, qui ouvrent un peu plus le champ des possibles, font progresser la trame de manière significative. Se servant des soucis de Marje, Boulet revient sur l'une des limitations de son univers et la résout avec malice. Ce stratagème débouche à la fois sur un événement résonnant comme un coup de tonnerre pour les adeptes du Bolchoï et sur une découverte surprenante. Bien malin qui pourra prédire ce qu'il va advenir des personnages principaux et du programme, dont le comportement et les projections deviennent de plus en plus étonnants.

Boulet et Aseyn enfoncent le clou ! Avec ce deuxième opus, ils marquent un peu plus la science-fiction de leurs talents, prolongent le plaisir et dépassent l'ambition du premier. Les lecteurs sont prévenus, avec La Somnambule ils auront de quoi rêver encore un peu aux étoiles, à l'espace, aux rebondissements à venir et échafauder leurs théories en attendant l'acte final.

Lire la preview et la chronique du tome 1.

Moyenne des chroniqueurs
7.5