Duke (Hermann) 4. La dernière fois que j'ai prié

M ullins, le grand patron de la compagnie minière portant son nom, a embauché Duke afin qu’il assure le transport d’une forte somme. La fortune attise les convoitises ; d’abord celle de Clem, le frère du héros, puis celle d’un groupe de militaires Noirs qui y voient un début de réparation pour les préjudices subis. Qu’on se le dise, l’industriel n’est pas près de se laisser dépouiller.

L’argent ne fait pas le bonheur… et il ne guérit pas les blessures du passé. Dans La dernière fois que j’ai prié, le magot n’est finalement qu’un déclencheur. Il sert de prétexte pour expliquer les motivations du paladin, discuter de discrimination raciale et, indirectement, des droits des femmes. En filigrane, se lit la question de la famille ; celle que le protagoniste n’a pas eue, un frangin qui le trahit et un second peu fréquentable. Enfin, il y a Peg, qui a vu père et mère assassinés par des bandits. Tout au long de l’album, elle est sous la garde de deux délinquants, en route vers une maison close à laquelle elle a été vendue. Ce récit parallèle fait écho à la trame principale ; dans les États-Unis du XIXe siècle, tout est une marchandise et tout se monnaye.

Octogénaire, Hermann publie deux livres par année et son dessin demeure malgré tout de belle tenue. Dans cette série, il multiplie les styles, quasi réaliste lorsqu’il présente un vaste paysage, plus près de l’abstraction s’il met en images rêves, souvenirs ou personnages sous la pluie. Ces vignettes, pour le plupart muettes, se montrent d’ailleurs particulièrement agréables. Le jeu des acteurs constitue certainement le maillon faible de l’entreprise ; les comédiens n’ont pas toujours l’expression attendue et il est plutôt dérangeant de lire l’extase dans le visage d’une jeune fille en train de se faire violer. La colorisation, souvent dans des teintes très sombres, accentue efficacement la lourdeur de la vie dans ces contrées encore sauvages.

Le western est un genre cru, dominé par les passions. Il permet de révéler ce que les gens ont de meilleur et de pire, sans excès de subtilité. Les auteurs en maîtrisent tous les codes qu’ils recyclent efficacement pour raconter un drame aux nombreuses ramifications.

Moyenne des chroniqueurs
6.0