Les métamorphoses 1858 3. Cochliomyia hominivorax

À la fin du deuxième tome des Métamorphoses 1858, Dinocampus Coccinellae, l’équipe des détectives aventuriers était en bien fâcheuse posture. Stanilas, à Barcelone, était drogué et fait prisonnier par Aristote Schrödinger, le traitre. Pendant ce temps, poursuivis par une horde de monstres non identifiés, lors de l'exploration d'une île méditerranéenne, son frère de lait, Joseph, et le capitaine Costentenus étaient contraints de sauter dans la mer, du haut d’une falaise. Quelques heures plus tard, ces derniers pénètrent de nuit dans la clinique de l’inquiétant docteur Antonio Moreno Del Aguila, cherchant des indices qui leur permettraient d’élucider les disparitions de jeunes filles à Paris, ainsi que l’existence de créatures aussi surprenantes que redoutables. Ils rencontrent une femme et une enfant, toute deux automates mais présentant de troublants signes de vie dans le regard et l’attitude. Puis ils découvrent l’étrange montage d’un cœur alimentant un buste squelettique dans une cuve. Surpris et menacés par Aguila, leurs questions fusent. Qu’est devenue Éléanore, son épouse ? Par qui ce dernier et Schrödinger sont-ils manipulés ? Qui est l’Architecte ?

Cochliomyia Hominivorax clôt la trilogie, dont la parution a débuté à l’automne 2018. Scénarisée par Alexie Durand et mise en image par Sylvain Ferret, qui réalisent là leurs premiers pas en bande dessinée, cette série est à la confluence de multiples sources, des romans gothiques à la Science-Fiction, en passant par le fantastique d’Edgar Allan Poe ou les visions de Jules Verne. L’univers graphique de Ferret se compose d’éléments empruntés aussi bien à l’école franco-belge, aux comics, aux mangas qu’au cinéma, le tout assaisonné au Steampunk.

Par-delà l’intrigue, fort bien menée et conclue, c’est à un voyage aux confins de la souffrance et de la folie qu’est convié le lecteur. Les fantasmes de résurrection et d’immortalité, quitte à tuer pour la gagner, sont les reflets d’esprits n’acceptant pas les limites de l’homme et sa finitude. Chacun se débat avec ses démons, qu’ils soient faits de sang, de chair, d’acier ou de névroses, et s’agite pour vivre le moins mal possible.

Rebondissements et action sont à nouveau au rendez-vous, avec de véritables personnages à l’épaisseur attachante. Le dessin, à la colorisation variée et pertinente, fait toujours appel à des perspectives audacieuses, à des jeux subtils entre avant et arrière-plans et à des plongées vertigineuses. Le plaisir de dessiner des objets est contagieux et contribue à édifier un monde riche et stimulant. Cette entrée dans le Neuvième Art est fracassante. Le vœu est émis que les deux artistes n’en restent pas là.

Moyenne des chroniqueurs
8.0