Alain au pays des merveilles

A lain écrit des bandes dessinées. Le succès tardant à venir, il choisit de réorienter sa carrière en offrant ses services au ministère de la Censure. Lors de sa première journée de travail, il se perd dans les dédales de l’édifice et découvre Magicland, un univers de créativité. Ce monde se révèle cependant en danger, les correcteurs sont en effet affairés à y effacer les gens, les dialogues et les décors. Le protagoniste prend alors les armes pour défendre ce lieu d’expression.

L’album, scénarisé par Davy Mourier et Monsieur Poulpe, se montre singulier. La fable, teintée de surréalisme, rappelle les œuvres de Fred, Marc-Antoine Mathieu ou encore celles de François Boucq. À cette différence que les auteurs imposent au lecteur d’être actif, mais pas de la façon dont l’entendait Umberto Eco dans Lector in Fabula. Ils demandent plutôt au bédéphile de véritablement contribuer à l’histoire en remplissant les espaces vides. Ce dernier doit rédiger des portions de texte, baptiser des personnages et parachever des illustrations. La proposition, bien que sympathique, finit par être redondante. Cela dit, des amateurs motivés jouent le jeu et présentent leurs suggestions sur Instagram (sous #alainaupaysdesmerveilles).

Le dessin caricatural d’Ariel Bitum est généralement sommaire. Il est d’ailleurs presque cruel de constater qu’à partir d’un gribouillis ou d’une tache d’encre, l’artiste arrive à créer un héros, simplement en ajoutant des yeux et un sourire.

Le projet, sous-titré La BD dont vous êtes le crayon, demeure audacieux. Les créateurs sont les premiers à y avoir pensé et il faut les en féliciter. Le concept a toutefois tendance à empiéter sur le récit et le lecteur se souvient moins du propos que de ce curieux objet qui se donne des airs de cahier à colorier.

Moyenne des chroniqueurs
5.0