October faction 1. October faction #1

S i quelqu'un vous dit «monstre», vous pensez Frankenstein, zombie, goule ou vampire. Cependant, il y en a peut-être de plus proches, de moins imaginaires et abstraits, de plus... réels ? Votre voisin, un ami ou... vous.

Le lecteur s'invite dans l'antre du paranormal où le bizarre infiltre la réalité sous forme de fantômes et de loup-garou, et où les vieilles rancunes mordent à pleines dents les ennemis de toujours. Une famille décomposée avec un père ancien chasseur de créatures devenu prof, deux enfants plus intéressés à suivre les traces de leur paternel qu'à étudier et une mère nostalgique des traques imprégnées d'adrénaline voit son quotidien bousculé par le passé aigri. Du fantastique, de l'humour, du suspense, rien de moins et plus encore. Steve Niles, adepte des récits fleurant bon le surnaturel, fait gigoter gentiment le bocal à frissons car, si le thème est horrifique, le ton est largement accordé au second degré, mais où le sérieux, l'émotion et le drame font également quelques incursions et impression, joli mélange. L'histoire se construit à coup de non-dits et de révélations, de flash-back et de présent. Les personnages atypiques et tellement humains mènent l'intrigue de bout en bout en offrant leur personnalité cash sans hypocrisie, suscitant par ce biais un attachement spontané. Ils se disputent, s'aiment, s’entraident, tout en dégommant des morts-vivants et enterrant des gêneurs.

Damien Worm possède un style qui s'apparente à celui de Ben Templesmith (en plus léché), partenaire du scénariste sur plusieurs ouvrages (Criminal macabre, Trente jours de nuit). Ce n'est donc pas par hasard si ce dessinateur espagnol a été choisit. En effet, il restitue une atmosphère oppressante et lugubre en adéquation idoine avec le genre brrrr-brrrr de cet October faction. Les illustrations au caractère singulier offrent un théâtre dont les perspectives bancales et les silhouettes longilignes créent un monde d'ombres qui rend la lumière inquiétante et l’espoir lointain, baignant le tout dans un crépusculaire éternel. Les détails se dissimulent et régulièrement surgissent des visages étranges taillés à coup de serpe et maquillés de teintes sourdes et diffuses qui donnent corps à ce sombre songe. Le découpage démontre toute son importance ici dans les planches destructurées où les cases s’encastrent, fuient ou s'effondrent.

Une histoire de famille nimbée de gothique dont les liens du sang, loin de faire tache, resserrent le tissu entre ses membres.

Moyenne des chroniqueurs
7.0