Spirou et Fantasio (Une aventure de.../Le Spirou de...) 15. L'Espoir malgré tout - Deuxième…

L a guerre, les privations, les humiliations, malgré leur statut de héros, Spirou et Fantasio n’échappent pas aux conséquences de l’Occupation allemande. Désormais sans emploi, ils doivent trouver du travail pour ne pas se retrouver sur le pavé. À force d’imagination, ils montent un petit spectacle ambulant de marionnettes pour distraire les enfants. Coup de chance, un « mécène » leur donne la possibilité de proposer leurs services aux écoles à travers la Belgique. Quitter Bruxelles, s'aérer, recontacter des amis longtemps perdus de vue, c’est toujours ça de pris.

Émile Bravo continue sa grande œuvre avec le deuxième tome de L’espoir malgré tout. S’il met évidemment en scène le célèbre duo de la maison Dupuis, il voit plus loin avec cette tétralogie en devenir ; il raconte la deuxième guerre mondiale à hauteur d’homme ou, plutôt, d’enfant et cela de plusieurs points de vue. Outre le fil rouge – Spirou désespère de retrouver Kassandra -, l’auteur montre, entre autres, la situation des Juifs alors que la répression nazie s'amplifie de jour en jour, il souligne les ambiguïtés du clergé et présente l’apparition de la Résistance. Les aventures ne sont pas aussi ébouriffantes qu’à l’habitude et certains pourraient critiquer la désincarnation du légendaire personnage et de son écureuil. En revanche, ce que la série perd en péripéties loufoques, elle le regagne en humanité et en réalisme. Au final, en retraçant ces heures sombres, le scénariste ne pose qu’une seule question : qu’aurions-nous fait à la place des protagonistes ? Désespérer, lutter, accepter, voire pire, collaborer ?

Mise en page classique reposant sur un découpage en moule à gaufres presque austère, nombreux passages un peu verbeux à la limite de la leçon et, tout de même, de la place pour un peu de fantaisie humoristique, la quadrature du cercle que s’est imposé le dessinateur était risquée. Si tout n’est pas parfait, pris dans ensemble, l'ouvrage s'avère véritablement prenant. Résultat, la lecture à peine entamée, impossible de ne pas être emporté par le flot des événements ! Petits et grands moments dramatiques s’enchaînent, se répondent et finissent par former une véritable fresque humaine profondément touchante. Seul Spip (tout est quand même de sa faute, rappelez-vous l’épilogue du Journal d’un ingénu ) ne semble pas parvenir à trouver sa place dans l’album.

Poignant, émouvant et toujours rempli de cet espoir annoncé en couverture, l’histoire ne fait que commencer, tandis que l’horreur devient de plus en plus tangible. Bravo est en train de réussir un coup de maître : amener la BD jeunesse au cœur de l’Enfer ; espérons qu’il saura l’en sortir.

Moyenne des chroniqueurs
8.0