Danthrakon 1. Le grimoire glouton

K ompiam est une cité légendaire dans laquelle se côtoient de nombreuses espèces. Nuwan, un humain, est apprenti cuisinier dans la résidence d'un magicien de renom. Soucieux d'apprendre à lire, outrepassant son droit d'accès, ses intrusions répétées dans la bibliothèque vont l'amener à feuilleter un inestimable grimoire qui va aussitôt s'emparer de son corps, et qui sait, peut-être bien de son âme. Commence alors pour le jeune homme une toute autre vie...

Née de la pugnacité et de l'investissement de Bamboo Édition qui n'en fait pas pour autant l'équivalent d'une énième succursale, Drakoo est une nouvelle maison d'édition à part entière. Drafté pour ainsi dire, c'est Christophe Arleston, un des plus prestigieux noms de la bande dessinée qui est "l'élu", qui endosse les lourdes autant que palpitantes responsabilités de directeur. Avec le concours de grands auteurs de la littérature de l'imaginaire, S-F et fantasy vont venir garnir un catalogue bien spécifique. Avec Danthrakon s'ouvre un bal qui promet d'être magique.

«Un gamin sans culture se fait bouffer par un livre», telle est l'idée de départ avouée par Arleston, qui est également un passionné d'art culinaire. La porte du bestiaire enfoncée, le lecteur va se retrouver nez à nez avec une animalerie à forte domination reptilienne, mais aussi face à quelques représentants de l'espèce humaine. Parmi eux, un sympathique larbin, engagé en qualité de commis de cuisine dans la prestigieuse demeure d'un grand mage. Sa curiosité et sa boulimie d'étude l’entraînent à parcourir un livre interdit dont il va ingurgiter bien malgré lui toute la magie contenue dans ses hiéroglyphes. Le cheminement pour parvenir jusqu'au point d'accroche est astucieux, ainsi que le script qui sort des sentiers battus, laissant entrevoir les multiples et possibles péripéties du marmiton. Appréciable également est le thème autour du sortilège qui n'envahit pas l'album, concédant, au contraire, une part manifeste à une intrigue qui concerne le prétendu vol du fascicule enchanté. Autre atout : le souci de produire des séries courtes est primordial ; afin d'éviter de faire patienter son public cette histoire trouvera son épilogue à l'issue du troisième et dernier tome.

Avec Le Règne, Olivier Boiscommun n'en est pas à son coup d'essai sur les croquis de bêtes. En revanche, influencé voire poussé par le scénariste à quitter son domaine de prédilection, il abandonne l'encrage direct dont il est un des spécialistes. Passée la surprise, ses groupies pourront se prélasser au sein d'un univers riche, attrayant et très en phase avec le style propre et cher au scénariste. Les flux féeriques débordent des cases, les différents personnages, lézards ou batraciens, restent crédibles et réalistes dans leurs traits.

En attendant le plat principal, Le grimoire glouton, entrée réalisée par un chef étoilé du neuvième Art, est une mise en bouche qui conviendra à tous les friands, petits ou grands, de mondes irréels.

Moyenne des chroniqueurs
7.0