Jupiter's Circle

E n 2016, Mark Millar dynamitait avec un certain talent la vision idyllique de l'héritage super-héroïque avec son Jupiter's Legacy. Moins de deux ans après la conclusion, il remet ça. Cette fois, il narre les origines de sa bande de gamins désargentés via une minisérie. Sans Frank Quietly, suppléé par une équipe pléthorique de dessinateurs, d'encreurs et de coloristes, l'auteur a succès raconte comment, entre maccarthysme et mouvance beatnik, ses personnages ont vu leur statut et leur vie se modifier et évoluer pour déboucher sur son diptyque précédent.

Pour cela, Mark Millar se joue des convenances et, ô sacrilège, dévoile la moralité pour le moins discutable de Blue-Bolt et consorts. Jaloux, fêtards, fumeurs, accros aux drogues ou à l'alcool, homosexuels ou adeptes de relations adultérines, ses super-héros n'ont rien à envier au commun des mortels et leurs actions sont souvent dictées par leurs turpitudes amoureuses. Moins grinçant que Legacy, mais pas moins critique, Jupiter's Circle égratigne le modèle familial en vogue à cette époque. Le scénariste joue des faiblesses de ses créations pour mieux dénoncer celles de ses pairs. Souvent drôle, voire caustique, son récit franchit à l'occasion les barrières de la bienséance et rend par là même ses protagonistes humains et attachants.

Graphiquement, les planches proposées par Wilfredo Torres (le Moon Knight de Lemire) bien aidé par Chris Sprouse ou Ty Templeton, entre autres, donnent un côté suranné à l'ensemble. La nostalgie joue à plein et l'issue, connue, résonne d'autant plus fort. Dans un univers aux racines réelles - les années 60 et leurs illusions bohèmes, les prémices de la starification et le début de la toute puissance du FBI -, le père de Kick Ass et Hit-Girl et ses complices parviennent à construire une histoire cohérente. Pas toujours subtils, certes, les douze épisodes, dont certains rebondissements peuvent sembler un peu téléphonés, réussissent à faire le lien entre les deux trames, ce qui reste une véritable gageure.

À défaut d'être pleinement novateur, Jupiter's Circle, différent mais complémentaire de Legacy, boucle l'aventure avec talent et prolonge le plaisir. Une manière évidente pour l'Écossais de montrer à ses détracteurs que son passage chez Netflix ne risque pas de l'empêcher de s'amuser des codes et détourner les clichés, pour mieux divertir son public.

Lire la chronique de Jupiter's Legacy T1.

Moyenne des chroniqueurs
7.0