Tremen

L ’homme chevauchant sa créature mécanique avance dans des étendues humides et fatiguées. Nous sommes après, les temps sont arrivés à leur terme et seules quelques ombres résistent encore. La violence est devenue réflexe ; la solitude, la norme. Pourtant, il arrive que les services, l'apport des autres soient encore nécessaires. Un ultime reste d’humanité avant la vraie fin ?

Maussade, grise et muette, telle est l’ambiance qui ressort au premier regard, au second aussi. Cependant, derrière son allure monochrome et son mutisme revendiqué, Tremen cache un récit (presque) épique se déroulant dans un univers cohérent et tangible. Entouré par Philippe Druillet (préface) et Marc Caro (postface), Pim Bos propose un album intrigant des plus maîtrisés. Entre quelques hommages à ses maîtres (Moebius, Edward Hopper sont immanquables), l’auteur développe un langage graphique solide grâce à une maîtrise technique impressionnante. Coups de pinceaux assurés, cadrages léchés et un véritable sens du découpage procurent à ce récit fantastique, au demeurant très basique, une réelle ampleur.

Cauchemar d’artiste vis-à-vis de son rôle ou sombres prédictions à propos de l’avenir d’une société à bout de souffle ? Tremen – quel beau titre ouvert aux interprétations multiples ! - n’apporte que bien peu de réponses. Tous les indices sont néanmoins là, au lecteur d’y apposer ses propres peurs ou espoirs. L’important ne réside pas dans le où ou le pourquoi, mais dans l’atmosphère et le ressenti.

Gros impact visuel et réalisation de haut niveau font de Tremen un ouvrage fascinant et hypnotique. À découvrir.

Moyenne des chroniqueurs
6.7